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Explosion démographique : nous serons 11 milliards en 2100 ! (2)

Publié le 02 juin 2014 à 11:41 - 1 commentaire

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De nouvelles structures démographiques et des problèmes amplifiés

 (suite et fin)

 

Par Henri SPITEZKI

 

PARIS, LE 2 JUIN 2014

 

 

 

Derrière le mouvement de fond de l’explosion démographique se profile une nouvelle répartition de la population mondiale, plus abondante chez les uns, et en recul chez les autres. Les retombées de cet événement historique majeur seront multiples et appellent à une vigilance extrême. Les dirigeants du monde vont se trouver placés devant des choix fondamentaux.

 

 

Les évolutions démographiques à venir ne vont pas concerner toutes les régions de la même manière. Ce sera notamment le cas de la population européenne qui, à l’inverse du reste du globe, devrait sensiblement diminuer jusqu’à la fin du siècle (de 14%, environ). Pourquoi ? Parce que presque tout le continent européen se trouve en dessous du seuil de renouvellement[1] (qui maintient une population constante). Le taux de fécondité [2] y est, en effet, inférieur au taux de renouvellement[3], à savoir 2,1enfants par femme en moyenne. On se trouve, ici, en présence d’un exemple type de phénomène démographique très inertiel, peu réversible, autrement que par des flux migratoires.

 

Concernant le reste du monde, le Rapport des Nations unies établit que la croissance la plus forte touchera les 49 pays les moins développés de la Terre. Il s’ensuivra un substantiel remodèlement du visage de la planète. En substance, vers 2100, divers pays devraient compter – de façon inattendue pour certains – des populations supérieures à 200 millions d’habitants : le Brésil, l’Indonésie, la Tanzanie, le Pakistan, la République démocratique du Congo, l’Éthiopie, l’Ouganda, le Niger, etc. Ce qui ne manquera pas de déclencher de très importants flux de migration. En somme, c’est à une véritable reconfiguration de la géographie humaine du monde que nous allons assister.

Certes, les hommes sont une richesse pour les nations, car ils accroissent la force de travail et sont un réservoir d’intelligence. Mais on se doute bien que ceci ne peut pas se faire dans n’importe quelles conditions, et qu’une population qui croît trop vite peut engendrer des problèmes insurmontables, comme on le voit actuellement dans certains pays en développement.

 

 

De manière spécifique, la population mondiale progresse rapidement en âge. D’ici à 2100, on assistera, ainsi, au triplement du nombre de personnes de 60 ans et plus, passant de 841 millions aujourd’hui à près de 3 milliards en 2100. Cette mutation touchera particulièrement les pays en développement, en raison de la baisse simultanée de la fécondité et de l’augmentation de l’espérance de vie. En sorte que ces pays verront la composition de leur population évoluer radicalement : les seniors progresseront de 9 % aujourd’hui à 27 % en 2100, et  les enfants de moins de 15 ans à 22 % à la même date. Un vieillissement réel, très visible ! Le rétrécissement de la pyramide des âges qui émanera de cette manifestation structurelle ne sera pas sans poser de très sérieux problèmes, notamment en aggravant le casse-tête des retraites.

 

 

Les contraintes qui découlent de l’explosion démographique sont multiples et alarmantes. Est-il possible de nourrir une si vaste population planétaire, souvent concentrée dans les régions les plus pauvres ? Comment permettre à ces hommes et à ces femmes de bénéficier de conditions de vie décentes ? De quelle façon résoudre le problème de l’emploi ? Existe-t-il un seul ou plusieurs modèles économiques répondant de façon satisfaisante à leurs besoins ? Le productivisme actuel est-il la solution ? Cela est peu probable. Un développement local, plus équilibré, peut-il donner des résultats ? Peut-être, mais de quelle manière ? Comment prendre en compte les conséquences capitales sur l’environnement de ces diverses tendances qui élargiront les cercles vicieux existants ? Nous n’avons pas fini d’être interpellés sur ces préoccupants sujets.

 

Si les facteurs sanitaires n’entrent pas en collision avec la croissance de la population mondiale, dans un sens (révolutions dans la médecine) ou dans un autre (grandes épidémies), cette vague de fond est appelée à produire ses effets pendant des décennies. Elle concernera au premier chef – et c’est un vrai sujet d’inquiétude – les populations les plus pauvres, et n’a de chance de se stabiliser mécaniquement qu’avec leur développement économique. Touchant de manière inégale les différentes zones de la planète, elle engendrera d’importantes migrations. Les ressources de la planète étant limitées, cette conjonction de facteurs risque de gravement peser sur la stabilité politique et sociale du monde.

 

Le facteur démographique va continuer de modifier profondément la vie du monde. La gigantesque croissance de la population planétaire va soulever un nombre important de problèmes et en amplifier d’autres, dans des domaines tels que l’alimentation, l’eau, ou l’emploi, pour n’en citer que quelques-uns. Serons-nous capables d’anticiper suffisamment les évolutions à venir pour prendre en compte cette dynamique, d’une manière profitable à tous ? Voilà qui nécessite d’en finir avec la vision à court terme qui domine actuellement.

 

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Henri Spitezki enseigne l’économie à l’Université Paris-1 Panthéon Sorbonne. Docteur en Sciences de gestion, titulaire d’un DESS de Sciences économiques et Lauréat de la Faculté, il intervient en tant que conseiller auprès de grandes entreprises et de la Commission Européenne. Dans un livre récent, il lance un cri d’alarme : « L’économie du chaos, chronique d’une faillite annoncée » (éditions Unicomm, 2011). Il est également co-auteur de « L’Europe éclatée », publié sur Kindle, en 2013 (cf. http://www.amazon.fr/LEurope-%C3%A9clat%C3%A9e-ebook/dp/B00CMSCN30/).

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[1]Le seuil de renouvellement (ou de remplacement) d’une population est le nombre moyend’enfants par femme nécessaire pour que les générations se remplacent l’une l’autre et que, àterme, la population d’un pays reste constante (abstraction faite des flux migratoires).

[2] Le taux de fécondité est égal au nombre d’enfants par femme de 15 à 49 ans.

[3]Le taux de renouvellement est le taux de fécondité qui maintient la population à un chiffre constant.

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