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Les politiques, convertis aux talk-shows ?

Publié le 07 octobre 2013 à 13:40 - 0 commentaire

bougrab

Le Grand Journal, On n’est pas couché, Salut les Terriens, la présence de responsables politiques dans ces émissions de divertissement semble aujourd’hui banale. Cela n’a pas toujours été le cas. Pierre Leroux et Philippe Riutort viennent de publier La politique sur un plateau, où ils s’interrogent sur la manière dont l’univers du spectacle a transformé celui de la politique.

Pierre Leroux, coauteur de ce livre et chercheur au Centre de recherche sur l’action politique en Europe a accepté de répondre aux questions de Politics Inside.

 

Dans La politique sur un plateau, vous évoquez la rupture des années 80, qui a vu arriver de nouvelles manières de recevoir les responsables politiques à la télévision

 

Il y a effectivement un basculement au milieu des années 80 avec la privatisation et la multiplication des chaînes de télévision. Un nouveau personnage est alors promu : l’animateur à qui on réclame des formats nouveaux pour rassembler un public plus large et augmenter les rentrées publicitaires. C’est l’apparition des talk-shows avec Christophe Dechavanne. A partir de là, les politiques vont être confrontés à de nouveaux types d’émissions. On pense au Divan où Henry Chapier fait vivre une fausse séance de psychanalyse à ses invités, ou aux émissions d’Anne Sinclair où elle reçoit en alternance des invités politiques et des personnalités du show-business.

 

Vous revenez ensuite à plusieurs reprises sur les émissions de Thierry Ardisson. Pour quelles raisons ?

 

Thierry Ardisson a inventé ou importé une nouvelle manière de s’adresser au personnel politique. Dans Tout le monde en parle, diffusée de 1998 à 2006, le politique est sur un pied d’égalité avec des personnalités du show-business. Il est souvent mis en cause et déstabilisé dans des émissions très scénarisées et avec la présence de « snipers » comme Laurent Baffie. Jusqu’au milieu des années 2000, ce type d’émissions se multiplient : chez Marc-Olivier Fogiel, chez Stéphane Bern où Stéphane Guillon ironise sur les invités ou dans les premières saisons du Grand Journal avec « la minute blonde ». Mais ce modèle s’est épuisé. Notamment parce qu’il n’arrivait pas à faire venir des politiques de grande envergure mais plutôt des nouveaux entrants ou des seconds couteaux. Certes c’est à Michel Rocard que Thierry Ardisson a demandé si « sucer c’est tromper », mais Michel Rocard n’était plus ministre en exercice depuis longtemps.

 

Quels sont les « bons clients », les politiques adaptés à ce type d’émissions ?

 

Il n’y a pas de profil type. On peut être de gauche, de droite… Il faut être capable de bien gérer ses émotions et ses pulsions, d’avoir de la répartie, d’être réactif pour intervenir dans des temps de parole très courts. En clair, il faut avoir intégré les dispositions qu’ont les gens de télévision. Dans toutes les émissions que nous avons analysées, nous avons trouvé des exceptions. Jean-Marc Ayrault, par exemple n’apparaît jamais dans du divertissement. Sans doute parce qu’il n’a pas de dispositions pour ça et qu’il n’en a pas eu besoin. Il s’est construit une carrière à l’intérieur de son parti et au Parlement. En revanche, Arnaud Montebourg ou Jean-Luc Mélenchon, même si ils contestent le fonctionnement des médias, sont doués pour ces émissions et s’en servent. Les talk-shows sont importants aussi pour ceux qui ont une présence médiatique plus faible. Nicolas Dupont Aignan explique qu’il sait qu’il va se faire étriller au Grand Journal mais qu’il s’en moque, car après chaque émission, il reçoit des messages de soutien et des fonds pour son parti.

 

Les politiques viennent plus volontiers dans les émissions de divertissement désormais ?

 

Oui, car elles ont changé. Les séquences politiques sont isolées du reste comme dans le Grand Journal, divisé en deux parties. Il y a moins d’allusions sexuelles. Et une émission comme On n’est pas couché offre aux politiques de s’exprimer sur un temps long, près d’une heure. Les responsables politiques sont aussi plus habitués. Ils connaissent les pièges à éviter. Ils préparent leurs blagues. Je me souviens de François Bayrou dans On n’est pas couché, qui ironisait sur sa « rencontre secrète » avec Ségolène Royal entre les deux tours de la présidentielle 2007.

 

Les politiques ont-ils accès à un public plus large et plus jeune grâce à ces émissions ?

 

C’est en partie vrai mais c’est surtout un argument publicitaire des gens de télévision pour faire venir leurs invités. La réalité n’est pas aussi marquée, loin de là. 65% des téléspectateurs de On n’est pas couché ont plus de 50 ans. Du point de vue des parts de marché, il faut aussi les examiner avec précaution. On ne peut par comparer les chiffres de Paroles et des actes diffusée en prime-time et des émissions de Laurent Ruquier diffusées à minuit.

 

Vous avez vu un nombre considérable d’émissions pour votre livre. Regardez-vous encore la télé ?

 

Avec Philippe Riutort, avec qui j’ai fait le livre, on a toujours regardé la télévision. Mais rarement en tant que spectateur classique, plutôt en replay pour décrypter le fonctionnement des émissions. Ce qui m’amuse c’est aussi de regarder les émissions avec du recul. A une époque, Michel Drucker avait du mal à convaincre les politiques de venir dans ses émissions alors qu’il est aujourd’hui très consensuel. De la même façon, le tutoiement qu’imposait Karl Zéro à ses invités a pu paraître rebelle. Il semble aujourd’hui bien banal.

 

La politique sur un plateau. Ce que la télévision fait à la représentation politique. Éditions PUF, octobre 2013.

 

 

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