Economie, France, International

L’austérité et la croissance selon Mario Draghi et Angela Merkel

Publié le 08 mai 2012 à 13:12 - 0 commentaire

par Henri SPITEZKI.  

 

 

Revenant sur son appel en faveur d’un « pacte de la croissance » il y a quelques jours, Mario Draghi, le président de la Banque Centrale Européenne, a confirmé l’importance qu’il accordait à cet objectif, tout en appuyant sur un nécessaire maintien de l’austérité. Angela Merkel s’est jointe à lui sur le thème d’une croissance fondée sur des « réformes structurelles ».

 

 

A l’occasion de sa conférence de presse mensuelle, Mario Draghi a tenu à préciser, jeudi dernier, sa position sur l’économie européenne. Il n’y a, selon lui, « absolument pas de contradiction entre pacte de croissance et pacte budgétaire ». L’enjeu est à ce point vital qu’il déclare, lors du sommet de Barcelone : « Nous devons remettre la croissance au centre de l’agenda européen ». Le président de la BCE se fait ainsi l’écho des appels qui se multiplient en faveur de la croissance en Europe.

 

Pourtant, à l’inverse de ce que certains pourraient croire, Mario Draghi demeure intraitable sur le volet de la rigueur budgétaire : « Arrêter le redressement budgétaire ne serait pas d’une grande aide ». Se reliant ainsi à la vision allemande, il souligne toute l’importance qu’il attache à une très grande rigueur budgétaire, nécessaire pour réduire le poids énorme des dettes publiques européennes.

 

La croissance, selon Monsieur Draghi, ne peut donc pas s’appuyer sur une relance par la dépense publique des Etats. Il est convaincu que la solution est ailleurs, dans des réformes structurelles permettant une libération des forces du marché, et visant à « faciliter les activités des entrepreneurs ». Car, il l’affirme, favoriser « la création de nouvelles entreprises et la création d’emplois est crucial ». La croissance, ainsi conçue, ne peut donc venir que de l’offre.

 

Sur le plan institutionnel, l’ordonnance du Docteur Draghi s’appuie sur trois points : « accroître la flexibilité, accroître la mobilité, et troisièmement aussi accroître la justice sur le marché du travail ».

 

En cela, il rejoint entièrement le Docteur Merkel. En effet, pas plus tard qu’hier, Steffen Seibert, porte-parole de la chancelière Angela Merkel, a évoqué le Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG) et le souhait de François Hollande – le nouveau Président français – de le renégocier, en y rajoutant un volet sur la croissance. Précisant les choses, Monsieur Seibert a certifié que l’Allemagne a toujours souhaité promouvoir la croissance, mais pas dans n’importe quelles conditions.

Cette voix autorisée a tenu à souligner un point capital pour l’Allemagne : « Une renégociation du pacte fiscal n’est pas possible de notre point de vue ». Le gouvernement allemand trace ainsi une ligne rouge : pas de renégociation !

Reste-t-il, alors, un espace pour la croissance ? Oui, d’après Steffen Seibert, qui croit possible de donner un nouvel élan à la croissance économique européenne. Comment ? « Il ne doit pas s’agir de créer de la croissance par encore plus de dette, mais par des réformes structurelles ». La clé du problème, donc, pensent les Allemands, se trouve dans la flexibilité du marché du travail.

 

Cette approche porte un nom, elle est d’inspiration néolibérale. Pourquoi ? Parce qu’elle repose, purement et simplement, sur la croyance en la toute-puissance du marché et en sa capacité autorégulatrice. Laissez faire la main invisible, car elle peut tout. Les choses s’arrêtent-elles là ? Non, car il faut également, pour éclairer complètement le sujet, prendre en compte la vision monétaire actuellement dominante en Europe. Elle nous vient, elle aussi, d’outre-Rhin.

 

Le volet monétaire

Sur ce plan, Mario Draghi a indiqué, lors de sa conférence de presse du 3 mai, que le principal taux directeur de la BCE resterait inchangé à 1 %, un taux historiquement bas.  Il en a profité pour souligner que, ainsi, la BCE « maintenait sa capacité totale à assurer la stabilité des prix à moyen terme en agissant de manière ferme et au bon moment ». Il s’agit là, du volet monétariste de la pensée néolibérale. Certes, conformément au traité de Maastricht, le président de la BCE reste ainsi complètement dans son rôle. Pourtant, en l’absence actuelle de tensions inflationnistes, on a toutes les raisons de se demander si cet objectif a bien lieu de demeurer central dans les présentes orientations économiques et monétaires de l’Europe. Où sont les tensions inflationnistes ? La politique monétaire européenne doit-elle s’enfermer dans une vision déflationniste ?

 

En matière budgétaire, structurelle et monétaire, les positions soutenues par le président de la BCE et par Angela Merkel renvoient, finalement, à un ensemble de questions :

 

  • Le cocktail austérité – croissance qui anime leur pensée est-il correctement dosé ? 
  • Le marché, à lui seul, est-il capable de ramener la prospérité en Europe, par le simple jeu de l’entreprenariat et de l’offre ?
  • La flexibilisation du marché du travail ne risque-t-elle pas d’amener davantage de licenciements que d’embauches ?
  • Quelles conséquences aura-t-elle sur les délocalisations ?
  • A supposer que les réformes structurelles envisagées puissent donner du souffle à la croissance, la lenteur de leur déploiement n’est-elle pas de nature à retarder le redressement de l’économie européenne ? Permettent-elles réellement de faire face à l’urgence de la situation ?
  • La vision monétaire dominante, qui maintient un euro fort, n’est-elle pas l’un des facteurs fondamentaux qui tuent notre croissance ?

 

L’approche néolibérale est exclusivement fondée sur les capacités autorégulatrices du marché. Or, la crise mondiale qui a débuté en 2008 montre à quel point le marché est incapable de se réguler par lui-même. La solution de nos maux ne se trouve-t-elle pas ailleurs, dans des plans d’investissements publics ? Peut-elle émerger des propositions des tenants d’une véritable relance, par l’intermédiaire (par exemple) de la Banque Européenne d’Investissement et des Fonds Structurels ? Décidément, deux visions de la croissance se heurtent à présent en Europe. Le côté positif de l’affaire, au moins, c’est la réapparition, sur le devant de la scène, de cette question décisive, un temps oubliée : la croissance.

 

 

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Henri Spitezki est économiste. Docteur en Sciences de gestion et titulaire d’un D.E.S.S. de Sciences économiques. Il a enseigné à l’Université Paris-Dauphine et intervient en tant que conseiller auprès de grandes entreprises et de la Commission Européenne. Son dernier livre traite de la crise : « L’économie du chaos, chronique d’une faillite annoncée », éditions Unicomm, juillet 2011.

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