Economie, International

L’Europe reprend son souffle (2/2) : des progrès sur la consolidation financière

Publié le 08 juillet 2012 à 10:12 - 0 commentaire

 

 

par Henri SPITEZKI

 

(deuxième d’une série de deux articles)

 

A la suite du sommet européen de Bruxelles des 28 et 29 juin, l’Europe en crise a avancé sur plusieurs fronts. Les participants au sommet ont, chacun, de bonnes raisons de se féliciter de ses résultats, notamment en  matière de croissance, d’assistance aux pays endettés et de régulation financière. Mais, malgré ces espoirs, la crise n’est pas résolue pour autant.

 

 

 

Un impossible compromis ?

Faire baisser, coûte que coûte, les taux d’emprunt payés par l’Italie et l’Espagne, est-ce bien ce à quoi se résume l’objet du sommet européen de jeudi et vendredi dernier ? Cette hypothèse semble probable, au vu des proportions prises par l’incendie financier européen.

Ni l’érection de pare-feu, ni l’élargissement de leur rôle, ni l’augmentation de leur capacité financière, n’ont réussi à stopper la contagion de la crise qui a frappé successivement la Grèce, Irlande et le Portugal, avant de s’en prendre, maintenant, à l’Espagne et l’Italie. L’asphyxie progressive de ces deux grandes économies menaçait implacablement le reste de l’Europe. Il fallait donc, cette fois-ci, frapper plus vite et plus fort que les fois précédentes. C’est ce que le sommet a essayé de faire. Mais, on le voit, il est décidément bien difficile de faire converger les solutions européennes !

Quel « impossible compromis » a-t-on réalisé à Bruxelles ? L’acceptation, le cas échéant, de la recapitalisation  directe des banques en difficulté par les fonds de soutien européen, le Fonds européen de stabilité financière (FESF) et le Mécanisme européen de stabilité (MES). Point très important, ce choix induit, de fait, que de telles opérations seront réalisées sans alourdir la dette des Etats.

Au rang des congratulations, on ne demeure pas en reste outre-Rhin, puisque les solutions retenues permettent à l’Europe de rester en mouvement, sans trop compromettre la ligne politique allemande de rigueur. « Je pense que nous avons réalisé quelque chose d’important, mais nous sommes restés fidèles à notre philosophie : aucune prestation sans contrepartie », a déclaré, attentive à cet esprit, la chancelière allemande, Angela Merkel

On retiendra pourtant que cette dernière a dû plier devant Mariano Rajoy (Espagne) et Mario Monti (Italie). Comme l’ont révélé certaines fuites, un moment difficile du sommet s’est présenté lorsque les Espagnols et les Italiens, pour obtenir les avantages qu’ils souhaitaient, ont menacé de refuser de signer les mesures pourtant consensuelles en faveur de la croissance. La tension a été telle, qu’elle a conduit nombre de leurs homologues européens à faire savoir, en coulisse, qu’ils avaient eu le sentiment d’être pris en « otages ».

 

Les créanciers sont inexorablement liés à leurs débiteurs

Ceci montre, une fois de plus, que le sort des créanciers est étroitement lié à celui de leurs débiteurs. Une situation qui n’est pas sans rappeler celle que rencontrent les États-Unis et la Chine dans leurs relations, pas toujours au beau fixe (je te tiens… Tu me tiens…).

Mario Draghi, président de la Banque Centrale Européenne, salue cette avancée majeure sur la dette en termes très diplomatiques : « la possibilité d’utiliser à l’avenir » ces fonds de secours « pour une recapitalisation directe des banques, que la BCE défendait depuis longtemps, est un bon résultat ». Le gardien de la monnaie unique, tout en se félicitant de « l’engagement en faveur de l’euro de tous les Etats membres de la zone euro », juge indispensable d’insister sur le fait que les nouvelles décisions devront, « pour être crédibles, être accompagnées de conditions strictes ».

Les marchés ne se sont d’ailleurs pas trompés sur la portée de cette nouvelle disposition : les taux d’intérêt sur les dettes publiques espagnole et italienne se sont immédiatement détendus, desserrant l’étau qui étranglait les deux pays. Quant aux différentes places boursières mondiales, elles ont salué, elles aussi, avec enthousiasme, les décisions prises. Mais, on le sait, rien n’est plus instable que les marchés financiers, et, comme le dit Racine : « Tel qui rit vendredi, dimanche pleurera ».

A Bruxelles, on a également fait des progrès dans le domaine de la régulation et des marges de la politique monétaire.

 

Vers une supervision et une action monétaire plus efficaces

Parmi les mesures d’intérêt général (donnant satisfaction aux demandes allemandes), un élément substantiel a été retenu : l’établissement d’un mécanisme unique de supervision financière, dans lequel la BCE aura un rôle à jouer. Pour le plus grand bénéfice de tous, en approuvant ce principe (la vieille dame ne peut pas aller trop vite), l’Europe a accompli un pas en avant déterminant. Elle est, dorénavant, engagée sur le chemin de mécanismes de régulation qui lui permettront de consolider efficacement son système financier, et donc sa monnaie.

Dans sa déclaration finale, Herman Van Rompuy fait également remarquer que la zone euro est disposée à faire un usage plus « souple » des fonds de secours dans le but de « rassurer les marchés et d’obtenir de la stabilité sur les obligations souveraines de ses membres ». Ce qui est une manière comme une autre d’indiquer que l’on n’écarte plus, désormais, le fait que le FESF et le MES puissent aller plus loin, en achetant directement sur les marchés des titres de la dette de pays fragiles. Voilà qui, le moment venu, soulagera divers pays en difficulté, par un début de mutualisation de la dette, au corps défendant de l’Allemagne.

Cette réunion des Etats a, en tout cas, un immense mérite : elle met en lumière l’indéfectible attachement des Européens à l’Union. Et pourtant, rien n’est réglé.

 

Quand la crise rebondit

Bien sûr, dira-t-on, l’éventail des mesures prises n’est pas suffisant pour sauver l’Europe financière, monétaire, et donc économique. Reconnaissons, au moins, que le dernier sommet a instillé un certain d’apaisement dans la crise. La question qui se pose alors est la suivante : en définitive, la chute va-t-elle s’arrêter ou se poursuivre ? Il ne faudra pas longtemps pour s’en rendre compte. La semaine dernière, c’est une grande bouffée d’oxygène qui nous a été prodiguée. Nous en avons profité pour respirer un peu. Jusqu’au prochain épisode de l’interminable feuilleton de la crise…

Il aura suffi de moins d’une semaine pour que ce nouveau rebondissement surgisse, dans un climat spéculatif intense. Au bout de six jours, exactement, l’Italie et l’Espagne ont de nouveau été frappées. Leurs taux d’emprunt à dix ans sont remontés en flèche. Jeudi 5 juillet, le rendement italien (qui évolue en sens inverse de la demande), a atteint 6,024 %, tandis que celui de l’Espagne s’envolait à 6,731 %.

Que s’est-il passé pour que les choses s’inversent si rapidement ? En constante évolution, les marchés, se montrent de nouveau inquiets quant à l’avenir de la zone euro. L’élément nouveau, c’est la réunion de jeudi de la Banque Centrale Européenne, qui a abaissé son taux directeur d’un quart de point, à 0,75 %, son plus bas niveau historique, dans le désir de faciliter une relance. Cette décision a, pourtant, été largement anticipée par les marchés ; elle ne leur paraît pas suffisante pour doper la croissance, contrairement à ce qu’espère la BCE.

Les taux allemand et français sont, quant à eux, en baisse, signe que les investisseurs sont à la recherche de la qualité. Au total, ceci ne rend pas la vie facile à l’Europe.

 

Quels enseignements peut-on tirer de ces soubresauts incessants ? Un fait simple : il existe, aujourd’hui, un monde à deux vitesses. Le premier, celui des marchés, qui travaille au rythme de la milliseconde, est extrêmement nerveux et exceptionnellement réactif. Il fait et défait l’économie. Le second, celui des Etats, construit l’avenir, ce qui demande du temps, beaucoup de temps. Or nous vivons une époque très difficile. Une ère pressée par l’urgence et marquée par la fragilité financière de l’Europe, qui ouvre toute grande la porte aux assauts de la spéculation. Des collisions qui déstabilisent les Européens, au moment où ils construisent – péniblement et lentement – leur unité, pas à pas. Lequel de ces deux univers va l’emporter ? Là est la question.

 

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Henri Spitezki est économiste. Docteur en Sciences de gestion et titulaire d’un D.E.S.S. de Sciences économiques. Il a enseigné à l’Université Paris-Dauphine et intervient en tant que conseiller auprès de grandes entreprises et de la Commission Européenne. Son dernier livre traite de la crise : « L’économie du chaos, chronique d’une faillite annoncée », éditions Unicomm, juillet 2011.

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