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Interview exclusive-Corinne Lepage : « L’intérêt de la France se mesure au niveau européen »

Publié le 12 mai 2014 à 15:49 - 1 commentaire

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Candidate à sa succession au Parlement européen, elle poursuit le rêve de voir naître une nouvelle Europe, plus forte, plus unie. Politicsinside est allé à la rencontre de Corinne Lepage qui revient sur son programme. Interview.

Elle a été ministre de l’environnement du gouvernement Juppé en 1995, membre du mouvement Génération Ecologie, présidente de Cap21 et co-présidente du MoDem, en 2009 elle a été élue eurodéputée pour défendre les couleurs de la société civile. Aujourd’hui, elle présente ses nouvelles listes, Europe Citoyenne et leur programme avec pour point d’orgue la transition énergétique et l’innovation industrielle de l’Europe.

Politics Inside. A quelques semaines du scrutin des européennes vous vous positionnez contre les grands partis politiques traditionnels et ce, par la voix de votre Cap21, que leur reprochez-vous exactement ?

J’ai toujours été profondément attachée à la société civile. C’est à ce titre là qu’en 1995 je suis entrée au gouvernement, d’ailleurs j’ai toujours continué à ne pas vouloir être une professionnelle de la politique. J’ai mon métier, celui d’avocate depuis 40 ans. J’ai donc vu fonctionner les partis en France, j’ai vu ce qui se passait au niveau européen et je suis scandalisée de la manière dont nos politiques français travaillent au niveau européen.  Ce qui l’emporte ce sont des choix nationaux appliqués à l’Europe et plus particulièrement pendant les campagnes électorales. Les choix faits par les candidats sont des choix qui manifestent une forme de mépris pour l’Europe. Sont tête de liste des recalés du suffrage universels et des députés sortants dont il est évident qu’ils n’ont rien fichu. Et c’est, je ne pense pas, ce qui est utile pour l’Europe. Cinq années au Parlement m’ont convaincue qu’il nous fallait des gens de terrain qui avaient fait la preuve de leur engagement, d’où ces listes d’Europe Citoyenne. 

Néanmoins vous rejoignez certaines idées de vos concurrents. Par exemple, Pervenche Berès, candidate PS dans votre circonscription d’Ile-de-France, souhaite mettre en place un salaire minimum en Europe.

Oui, elle propose un principe de salaire minimum, et sur le plan social c’est très bien, mais ça ne suffit pas, ni sur le plan social ni sur le plan économique. Je pense qu’il faut un salaire minimum commun qui soit le même partout, et c’est la raison pour laquelle nous proposons Cœur d’Europe. Ce serait une réunion d’Etats qui, sur cinq ans, se proposerait d’arriver à un salaire minimum commun, à une fiscalité sur les sociétés identique et à progresser ensuite vers une intégration au niveau politique comme une politique de défense commune.

Vendredi, sur France Bleu, vous avez dit regretter le manque d’anticipation du gouvernement. Dans le cadre de Coeur d’Europe quel est le scénario de sa mise en place ?

Quand je parle d’un manque d’anticipation c’est vrai à l’échelle française et c’est vrai à l’échelle européenne. Quand vous regardez par exemple comment l’Allemagne a mis en place sa transition énergétique. Ca a commencé avec des études académiques pour étudier différents scénario. Ensuite il y a eu un travail de consensus avec les organisations patronales, les organisations syndicales, les organisations environnementales. Nous en France, on a été incapables de faire ça et je ne pense pas que dans le cadre de la préparation de la loi sur la transition énergétique, on soit en mesure de la faire. A l’échelle européenne, compte tenu du travail qui a été, nous avons une feuille de route. Etant entendu que, quand vous donnez des objectifs, en principe, il faut les atteindre, donc avoir avec la stratégie industrielle qui va avec. Et c’est là où le bas blesse. C’est-à-dire qu’on est capables de dire en telle ou telle année on veut faire ça mais ensuite c’est à chaque pays de faire ce qu’il peut. Nous, ce que nous proposons c’est une stratégie commune pour y arriver. 

Dans votre programme, vous vouliez « sortir l’Europe de l’impasse ». Si on garde la dimension économique, comment vous comptez faire sortir de la crise ?

Notre politique industrielle commune (PIC) se reposait sur deux domaines que sont la question de l’énergie et la question du numérique. Nous avons souligné qu’il était paradoxal de voir que l’Europe avait été le porteur de ces sujets sur la scène internationale dans les années 90 et qu’en 2014, les grandes entreprises qui percent sur le marché international, ne sont pas européennes. Il y a quelques entreprises allemandes mais il n’y pas de grand leader européen. Il y a des grands leader chinois, sud coréens, américains et c’est ça qui n’est pas acceptable.

Est-ce que vous vous considérez comme fédéraliste ?

Je suis Française, j’adore mon pays. Je mesure ce qu’il pèse aujourd’hui au niveau international, sauf que c’est l’Europe qui est le premier pays du monde en terme de PNB et on ne le rappelle pas suffisamment. Je me dis que l’intérêt de la France, de ce qu’elle porte, de ce qu’elle est capable de faire, se mesure au niveau européen et que c’est parce qu’on aura une Europe forte, que l’on pèsera sur la scène internationale. Cette Europe là on y trouve des fibres patriotiques, je ne dirais pas nationaliste parce que je n’aime pas le mot. Le mot fédéralisme est un mot qui fait peur à beaucoup de Français et je peux le comprendre. Mais je pense qu’il faut qu’on aille vers une Europe de plus en plus intégrée, parce que c’est comme ça qu’on pourra construire une Europe plus forte.

On parle d’Europe forte grâce à une dynamique collective vous êtes pourtant opposée à l’entrée de nouveaux pays dans l’Unions Européenne qui pourraient renforcer l’institution.

Dans l’état actuel de fonctionnement de l’Unions Européenne on ne peut pas être plus, parce que ça ne fonctionne pas. Parce que c’est trop technocratique comme fonctionnement. J’ai été ministre de l’environnement, j’ai été présidente du conseil des ministres de l’environnement. A l’époque on était 15 autour de la table, et pour un sujet on faisait un tour de table en 2H30, ensuite il fallait recommencer. Il y a donc un système qui est extrêmement lourd. Il faudrait revoir nos institutions pour pouvoir être plus efficaces.

A long terme c’est possible ?

Si on mettait en place Cœur d’Europe, si on créait cette dynamique, si on arrivait à cette intégration sociale et politique et qu’on arrivait à quelque chose de fort, on pourrait créer un environnement qui permette de changer les traités et arriver à ce mode de fonctionnement, à ce moment-là on pourrait se poser la question de nouveaux arrivants. Mais dans ce cas, on pourrait vite arriver à un problème d’ordre culturel. Parce qu’on a pas la même vision des choses. Par exemple l’orientation de la Turquie devient de plus en plus religieuse et incompatible avec l’Europe. Il y a une imprégnation de non communautarisme. Je suis à priori contre rien du tout mais tant qu’on ne fonctionne pas mieux ce n’est pas la peine. 

On parle aussi beaucoup du manque d’intérêt des Européens pour la politique décidée à Strasbourg. Pourquoi d’après vous ce désamour ?

Il y a une très mauvaise communication sur l’Europe. Déjà les médias considèrent que ça ne fait pas assez d’audimat, donc ce n’est pas la peine d’en parler, que ça casse les pieds de tout le monde. Or je suis persuadée que les débats que nous avons en Europe pourraient intéresser parce que c’est très concret. Si les médias faisaient leur métier les gens comprendraient à quoi sert le Parlement européen. J’ai toujours gardé cette particularité qui est la mienne d’être dans la société civile. Je n’ai peut-être pas beaucoup exercé mon métier les cinq dernières années mais j’ai la vie de tout à chacun, je fais mon marché comme tout le monde. En revanche, en écoutant certains de mes collègues je me suis dit que les remplacer par des gens du terrain ça changerait grandement les décisions prises au Parlement. C’est contrariant d’avoir des représentants des lobbys à ce niveau là quand même.

 

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Quel regard portez-vous sur ces eurosceptiques qui siègent au Parlement ?

C’est rare qu’ils siègent ces gens-là. Mais fondamentalement ils sont négatifs. Quand le slogan de Marine Le Pen c’est d’être élue pour empêcher l’Europe de progresser ça veut dire quoi ? Ca veut dire que ses députés et ses camarades vont être là pour tout bloquer et c’est inutile parce que les votes se feront sans eux. On ne les comptera pas, on trouvera des compromis sans eux. Ca rendra les choses difficiles quand il faudra la majorité absolue. C’est même contre productif. Parce que, par exemple sur la lutte contre le dumping social qui allait dans le bon sens, l’assistante de Marine Le Pen l’a reconnu dans la presse. Et simplement par eurosceptissisme elle s’est abstenue. L’extrême droite est dangereuse mais pas que pour ça je pense que l’antisémitisme, le racisme, la haine de l’autre c’est quelque chose d’absolument épouvantable. Même si Marine Le Pen est plus policée que son père le fond est exactement le même.

Entretien réalisé par Camille Evangelista

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