Economie, International

La bombe à retardement financière

Publié le 16 juin 2012 à 14:48 - 0 commentaire

 par Henri SPITEZKI. 

  

La mèche de la bombe à retardement financière placée sous nos pieds continue de se consumer. En Europe, parallèlement, les ravages de l’incendie ne cessent de s’étendre. Après la Grèce et l’Espagne, c’est au tour de l’Italie d’être mise sous pression par les marchés financiers.

 

 

 

La semaine dernière, Madrid était le centre du monde. Le plan de 100 milliards d’euros destiné à sauver le système bancaire espagnol n’aura, finalement, procuré qu’un soulagement de courte durée. Cette semaine, c’est Rome qui occupe le devant de la scène de la crise financière.

Que s’est-il passé ces derniers jours ? Une accélération de l’histoire : les dominos financiers continuent de tomber les uns après les autres. La spéculation sur la dette publique italienne vient brusquement de s’amplifier. L’Italie emprunte, désormais, à des taux d’intérêt au plus haut depuis six mois. Jeudi, son Trésor public a levé 6,5 milliards d’euros à 12 mois. Ses taux se sont envolés à 3,972%, contre 2,34% le 11 mai. Quant aux taux longs (10 ans), ils sont repassés au-dessus de la barre des 6%, ce qui ne s’était pas vu depuis l’an dernier.

Pourtant, Mario Monti, le Premier ministre italien, travaille dans la bonne direction, à la recherche de la croissance et des moyens financiers que des privatisations accélérées devraient lui permettre de se procurer.

Pendant ce temps-là, sur les petites lucarnes, la représentation du monde persiste à se dérouler imperturbablement. Aux fêtes pour le jubilé de la reine Élisabeth II succède le tournoi de Roland-Garros, suivi, peu après, par l’Euro 2012 de football en Pologne et en Ukraine. De quoi rêver et faire oublier le drame sous-jacent qui se prépare, si les bonnes décisions ne sont pas prises. Dormez braves gens… Tout va bien !…

Au même moment, les chancelleries et les dirigeants ne restent pas les bras croisés. Les banques centrales se préparent à faire face au pire, dans le cas où les urnes grecques censureraient l’euro. Un intense ballet diplomatique se développe, loin des regards : préparation de la réunion du G20 organisée lundi 18 et mardi 19 juin au Mexique et du sommet européen des 28 et 29 juin à Rome.

 

L’impact de la crise financière sur le système bancaire s’aggrave. Il est considérable.

Comme le dit le Rapport sur la stabilité financière dans le monde du FMI en avril 2012 : « les grands établissements bancaires de l’UE pourraient alléger leurs bilans de 2.600 milliards de dollars (2.000 milliards d’euros) d’ici la fin de 2013, soit près de 7 % de la totalité de leurs actifs. (…)  D’après notre scénario de référence, l’impact sur l’offre de crédit de la zone euro est estimé à environ 1,7 % de l’encours actuel. »

Ceci nous ancre dans la spirale de la récession et impose une vigilance particulière aux autorités de tutelle. C’est ce que le FMI souligne, à juste titre : « Cela étant, vu les conséquences que pourraient avoir des inversions de levier financier simultanées et de grande envergure, les instances de supervision doivent veiller à ce que les prix des actifs, l’offre de crédit et l’activité économique en Europe et ailleurs ne soient gravement touchées. »

Cette spirale bancaire et financière a de fortes répercussions monétaires, dans un mouvement pervers, qui nous tire vers le bas.

Les regards du monde entier sont braqués sur l’Europe.  La Chine est inquiète pour l’avenir de la zone qui constitue le premier importateur de ses produits. Ainsi, la très officielle agence Chine nouvelle vient-elle de déclarer que les pays de l’eurozone, englués dans leur crise des dettes souveraines, « doivent davantage avoir à l’esprit le fait qu’ils sont dans un même bateau ». Elle fait sagement remarquer que « Si l’on compare la zone euro à un navire gigantesque, il faut savoir que personne ne s’en sortira sain et sauf si le navire sombre dans des graves tempêtes économiques. Les pays à bord du bateau doivent se tendre des mains secourables ». Ce message s’adresse-t-il particulièrement en Allemagne ? Toujours est-il qu’un surcroît d’imagination et d’inventivité est nécessaire pour venir à bout de la crise.

 

Comment renouer avec la croissance et la stabilité ?

La position française repose sur la recherche de la croissance et de la stabilité. Il ressort, des derniers entretiens de Rome entre François Hollande et Mario Monti, une convergence de vues entre les deux pays.

La France souhaite la mise en place d’une enveloppe de 100 milliards d’euros (provenant de la recapitalisation de la Banque européenne d’investissement, des fonds structurels et des projectbonds) pour stimuler la croissance à court terme.

Sur le volet stabilité, le Président de la République déclare à Rome : « l’Europe a besoin d’instruments, de mécanismes, qui permettent de soutenir les banques et les Etats qui peuvent se trouver à un moment et injustement dans une tourmente, de façon à ce que la spéculation soit découragée ».

Il s’est également exprimé sur les modalités de financement des investissements : « Je partage aussi l’idée que nous avons besoin de financement pour les investissements d’avenir et que là encore, l’Europe devrait regarder ce qu’apportent les différents Etats (…) pour avoir une classification plus souple que ça n’est le cas aujourd’hui en termes de classification de ces dépenses ».

 

Pour l’instant, tous les chemins semblent mener à Rome : la France se rapproche de l’Italie, pour ouvrir des marges de croissance. De son côté, l’Allemagne clame, seule face au reste du monde, son opposition au financement de la croissance à crédit. La solution de compromis qui ne manquera pas d’émerger prochainement sera-t-elle suffisante pour nous faire sortir de la crise ?

 

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Henri Spitezki est économiste. Docteur en Sciences de gestion et titulaire d’un D.E.S.S. de Sciences économiques. Il a enseigné à l’Université Paris-Dauphine et intervient en tant que conseiller auprès de grandes entreprises et de la Commission Européenne. Son dernier livre traite de la crise : « L’économie du chaos, chronique d’une faillite annoncée », éditions Unicomm, juillet 2011.

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