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Serge Moati : « Ce n’est pas être socialiste que de veiller aux minorités »

Publié le 17 juin 2012 à 22:53 - 11 Commentaires

                                                                                                                        

AVIS P©LITICS 

Vous vous posez des questions ? On les  pose pour vous.

 Par Bachir Boulegriblet

L’ultime volet de « Législatives 2012, la vraie campagne »* a été diffusé le 19 Juin sur France 3.  La fin d’une série de documentaires exceptionnels où Serge Moati – l’ancien Monsieur Ripostes – et ses caméras nous ont fait vivre les élections comme jamais . La rédaction de Politics Inside a rencontré à cette occasion un Moati, un brin provocateur, dialoguant avec Hitler, citant un auteur d’extrême droite.  Pourquoi  pardonne-t-on tout aux hommes de goût ? 

«Si j’avais rencontré Hitler, je lui aurais demandé : vous ne trouvez pas que c’est un peu excessif les camps de concentration ? Vous vous êtes un peu trop laissé aller, non ?»

«Robert Brasillach, écrivain d’extrême droite, disait : On a pas le sentiment net de la révolution lorsqu’on a pas le sentiment net du courage physique !»  «Le débat sur les législatives fait preuve d’une pauvreté inouïe !» «La diabolisation de Le Pen, voilà une vraie connerie !»   «Je suis une gare de triage. Il co-existe en moi mille personnes»    «Hollande peut plutôt remercier le Fouquet’s. Le Sofitel d’un oui timide…»   

 Comment expliquer le désengouement général pour les législatives ? Ces élections suivent trop vite les présidentielles. Il faudrait les regrouper,  voter en même temps. On serait débarrassés ! On a l’impression qu’après les présidentielles, la cause est entendue. Le débat sur les législatives fait preuve d’une pauvreté inouïe ! Faut-il donner les moyens à Hollande de faire sa politique ? Doit-on mettre ou non les œufs dans le même panier ? Le débat n’est pas d’une intelligence forcenée.

À l’égard des acteurs politiques filmés dans vos documentaires, vous parlez d’empathie. Marine Le Pen ne se méfie pas  d’être  approchée, quand plus tôt, vous avez insisté afin qu’elle se justifie sur les propos de son père ? (NDLR : le point de détail).  Ce n’est pas comme ça que je formulerais les choses. Elle vient à Ripostes, là c’est la première fois qu’elle prend ses distances avec son père sur le point du « détail ». C’était important qu’elle le fasse. Elle se prononce enfin sur le sujet. On dit sur Internet que je l’ai persécutée, harcelée. Si c’était un calvaire, elle n’y aurait pas répondu, et je pense d’ailleurs, que la dédiabolisation de Marine Le Pen a commencé ce jour-là précisément.

Votre profession ? Je ne sais pas. Homme d’expressions, homme d’images… Tout m’intéresse !                                                                                         

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                        Journaliste ? Je ne crois pas. Je le fais de temps en temps comme ça pour gagner ma vie. Plus sérieusement, je fais fonction de « journaliste » mais sans carte de presse. Il se trouve qu’environ depuis 40 ans, il y a plein de moments où mon métier – que je ne connais pas – croise celui de journaliste. J’ai débuté en 68-69 à Cinq Colonnes à la Une, émission d’informations pour laquelle je suis parti en reportage au Vietnam pendant la guerre. Voilà, il s’est trouvé que ça s’apparente au métier de journaliste. Je n’ai jamais demandé de carte de presse, ce qui m’emmerde parfois quand je suis dans une manif’ ou qu’on     m’arrête                                                                                                                                                                                                                                                                                  On vous reconnaît… Pas forcément. Non, pas dans les pays en guerre au fin fond de l’Afrique. Ils ont certes l’esprit délié mais pas à ce point. (Rires)

Vous êtes un homme sensible qui ne cache pas ses larmes… Ca se voit sur ma gueule ? Attention, j’ai une conjonctivite permanente. (Rires). Oui, je suis assez sensible, donc ?

Pourquoi alors aborder l’univers le plus impitoyable : la politique. Il existe bien pire. Je m’en fous de ça complètement ! Ce n’est pas ça qui me tire des larmes. Ce qui me touche dans la politique, c’est la passion des gens, leur enthousiasme, leur cynisme, leur allure romanesque. Encore plus la ferveur des gens humbles dans les meetings. Parfois, oui, je pleure pour une histoire de lumière. Une lumière éclairant un visage. Ce qui me touche le plus, ce sont des images ! Parfois, je pleure juste pour ça, c’est bizarre, non ? Quand je suis entouré de gens qui croient en quelque chose, il m’arrive d’être ému.

La trahison, les retournements de vestes, la cruauté sont notoires dans ce milieu, en témoigne le suicide de Pierre  Bérégovoy… D’accord ! Mais enfin, il y a un Bérégovoy qui se suicide sur 40 000 mecs commettant sans scrupules des vilenies. Le malheureux emprunte pour acheter un appartement alors qu’il est ministre des Finances, ça prouve qu’il était super honnête, malheureusement, il n’a pas supporté le regard soupçonneux de ses camarades. Cette tragédie, celle d’un honnête homme m’a touché. La politique n’est pas cruelle à mon égard. Je suis capable moi aussi d’être très méchant. Le sujet de l’enfance, de l’abandon, les films sur la psychiatrie en prison m’affectent humainement. Dix fois plus que la politique !

30 ans après Mitterrand, c’est quoi être socialiste ? Dans la vie, je suis toujours du côté des plus faibles, de ceux-qui-n’-ont-pas-de-quoi. L’inégalité des destins me bouleverse constamment. L’inégalité économique, devant le monde du travail. Plus métaphysiquement, l’inégalité des êtres qui vivent à côté de leur vie, qui n’arrivent pas à accéder au banquet de la vie comme moi j’y ai accès. J’ignore si c’est vraiment ça le socialisme mais je définie ainsi. J’ai toujours voté à gauche parce que je ne supporte pas le regard des exclus de la vie. Qu’il y ait des sales cons socialistes, oui ! Des sales types de gauches, oui ! Des gens très bien à droite, oui aussi !

Le socialisme d’aujourd’hui est celui d’hier ? Sûrement pas ! Ma grand-mère n’est pas mon grand père ! (Rires). Les enfants en France ne travaillent plus dans les mines à 6 ans comme à l’avant siècle dernier. Evidemment que l’école publique est obligatoire, heureusement qu’il existe des syndicats, la sécurité sociale. Les choses n’ont pas changé par la grâce divine mais par le combat des hommes. Un engagement socialiste.

Les évolutions, les améliorations dans notre société, nous les devons aux socialistes ? Evidemment !

La Droite peut-elle les revendiquer ? Non, pourquoi ?

Quand Nicolas Sarkozy nomme au gouvernement des minorités en la personne de Fadela Amara, Rachida Dati, Rama Yade.  Et alors ? Ca n’a rien à voir avec le socialisme.

Vraiment ?  Oui, vous vous êtes engagé dans une mauvaise piste. Ce n’est pas être socialiste que de veiller aux minorités et de ceux qui en sont issus.

Les minorités qui ne participent pas au banquet… Rama Yade, ça allait pas mal pour elle. Sarkozy a fait preuve de discernement, de réflexion sur la société française en plaçant des gens de la diversité qui compte des millions de citoyens. C’est la moindre des choses. Etre socialiste, c’est autre chose : veiller à la justice sociale.

Les préoccupations sociales ne sont pas l’apanage du socialisme. Dieu merci ! De la même façon que la République n’est le privilège des républicains ! Formidable, ça signifie que l’idée a gagné ! Quand une idée gagne, elle se banalise. La démocratie a triomphé. Il est rare qu’une personne affirme « je ne suis pas démocrate ! ». La devise « liberté-égalité-fraternité » est à la fois une bataille terrible et une idée neuve dans le monde, une des plus bouleversantes. Les idées ont gagné dans les mots.

« Liberté, égalité, fraternité » reste un concept. C’est bien ce que je vous disais ! Même dans les partis extrémistes, c’est rare d’entendre « je suis contre ». Encore faut-il les mettre en action…

Qui a dit « les socialistes voulaient changer la société, ils ont changé le parti socialiste ».  Moi ?

Presque. Vous connaissez André Frossard ? Très bien. Un écrivain catholique sauf que je ne le suis pas. Ca se voulait méchant car il écrivait dans le Figaro. À défaut de changer la société, on a changé sa vie.

L’erreur de casting en politique ? Luc Ferry à l’Education Nationale discourant sur les banlieues, Bachelot à la Santé avec ses vaccins ou Duflot l’écolo au logement ?  Je ne sais pas.

Eva Joly ? Vous voulez dire à la présidentielle ? Oui, on aurait pu imaginer candidate plus performante… Mais elle était gentille, sensible et intelligente. Elle n’était peut-être pas faîte pour être candidate. Dans ce cas là, j’aurais dû me présenter, j’aurais été aussi bon.

Voire meilleur ! Pas chez les Verts, car ça m’ennuie beaucoup.

Vous avez dit « Je serais capable d’interviewer le diable si je le croisais ». L’avez-vous déjà croisé ? « Etre Capable » signifie  « j’aimerais ». Je ne l’ai jamais croisé en politique car vous savez pourquoi ? Je ne diabolise pas. Surtout pas le Front National. Je ne pense pas que nos ennemis ou adversaires sont diaboliques. Il n’y a pas de fatalité, il  n’y a que des forces adverses. Il n’y pas non plus de diables, juste des gens avec qui nous ne sommes pas d’accord ! La diabolisation de Le Pen, voilà une vraie connerie ! Le plus sûr moyen de ne jamais combattre au niveau des idées. En l’accusant d’incarner le diable, ça autorise les autres aux pires turpitudes, aux magouilles. À partir du moment où ils sont anti-Front Nat’, ils détiennent un brevet de citoyenneté et de civisme. Un peu facile ! Moi, j’ai toujours filmé Le Pen avec courtoisie.

Marine Le Pen au bal de Vienne, vous ne vous posez pas la question… On ne m’y a jamais invité sinon j’aurais mis une belle robe comme je suis capable de porter. (Rires).  Je lui pose la question, elle me répond, je l’écoute. Je trouve qu’il y a des choses plus graves dans la vie si vous le permettez. Si j’avais rencontré Hitler, je lui aurais demandé : « Vous ne trouvez pas que c’est un peu excessif les camps de concentration ? Vous vous êtes un peu trop laissé allé, non ? Je comprends l’idée au départ mais ça vous a débordé après, non ? ». Je veux dire par-là qu’il faut savoir écouter et faire parler. C’est ainsi qu’on obtient des infos et des paroles. Plutôt que d’accuser. Je déteste les emportements qui ne sont pas suivis d’effets de courage. Robert Brasillach, écrivain d’extrême droite, disait : « On a pas le sentiment net de la révolution lorsqu’on a pas le sentiment net du courage physique ». Ce qui a l’air d’une phrase toute simple mais qui se révèle parfaitement juste. En plus, je n’ai jamais été révolutionnaire car je n’ai jamais eu le sentiment net du courage physique. J’aime la modération. J’adore la négociation. Question de culture car je suis né dans un pays, la Tunisie, où on négociait sur tout sans arrêt ! Je n’aime pas le « je suis de gauche, toi de droite, on s’engueule forcément ! », ça m’emmerde le côté nous-sommes-des-ennemis-héréditaires.

Par « diable », j’entendais la séduction subversive. Celle qui vous influence malgré vos convictions. Tous les politiques à un moment prononcent des mots qui résonnent en vous, peu importe le parti. Pour chacun d’entre eux, en les écoutant, je me dis « tiens, oui là-dessus je suis de droite ». Quand je réalise un documentaire, je ne pars pas avec des idées préconçues. Les êtres humains me séduisent toujours à un moment. Les spectateurs qui apprécient mes documentaires me reconnaissent une capacité d’empathie, d’écoute, « de devenir l’autre ». Je suis comme ça. Je deviens le SDF que je filme, l’enfant perdu au Cambodge pendant la guerre, le salaud militaire en Afrique. Je suis moi-même une gare de triage. Il co-existe en moi mille personnes. Je suis riche de ces destins croisés, de ces pensées offertes. Merci.

Un politicien ne vend-il pas son âme à la politique ? Exact ! Il y a des dizaines de milliers de maires, de conseillers généraux ou régionaux, des hommes impeccables. Ceux qui vendent leur âme et leurs armes, ce sont les mêmes qui vendent à des groupes économiques financiers, à des banques. Certains sont prêts à tout vendre, y compris leur petite sœur à n’importe qui. Les salauds en politique seraient des salauds en presse, dans le cinéma, partout ! Vous leur serrez la main, vous remarquez ensuite qu’il vous manque un doigt.

On ne peut pas réfuter qu’un politicien éprouve du mal à quitter la politique… Vous savez pourquoi ? On ne va pas se mentir, le cumul des mandats y joue beaucoup. Le fait aussi que ce soit un métier plutôt qu’une passion temporaire. Parfois, ils ne savent rien faire d’autres que «politicien». Combien de ministres j’ai vu  fondre en larmes en quittant le gouvernement.

Qui incarne l’homme politique par excellence ? François Mitterrand. Son mélange de cultures, d’intelligence historique, de mémoire, de situations, de malignité, de force. Il a été un homme politique remarquable incarnant toutes les ambiguïtés et les contradictions françaises avec un talent inouï. Mitterrand l’artiste politique, celui qui m’a le plus troublé.

Marine Le Pen doit remercier l’Euro ou Mélenchon ? Elle peut aussi remercier l’UMP ! Le rapprochement des idées a participé à la dédiabolisation du FN. Le fait de dénoncer le droit de vote des étrangers. La dernière partie de la campagne de Sarkozy s’est rapproché du Front Nat’. Marine Le Pen doit  remercier les propos de Guéant, le débat lancé sur l’identité nationale. Mélenchon  a combattu vaillamment Marine Le Pen. Elle serait très étonnée de votre question.

Hollande peut remercier le Fouquet’s ou  le Sofitel ? Plutôt le Fouquet’s. Le Sofitel d’un « oui » timide…

Les grecs sont-ils en train de vivre notre futur ? (NDLR : citation de Marine Le Pen). C’est ce qu’on dit. Ce qui est inquiétant, c’est la cruauté d’un système bancaire international, l’austérité qui tue les peuples. Les grecs vivent notre futur ? Oui, si l’austérité n’est pas liée à la croissance. En faire moins pour les peuples et plus à l’avantage des banques.

 

* Documentaire de Serge Moati en collaboration avec Vincent de Cointet, Christophe Lancellotti et Henry Marquis.

Production : Image et Compagnie avec la participation de France Télévisions .

Réactions

11 commentaires

  1. rime dit :

    On ne comprend pas très bien le titre. Hâte de vois ce documentaire. Merci Moati

  2. valérie dit :

    bravo monsieur moati quel bonheur que de retrouver demain

  3. karim dit :

    le teaser est pas terrible mais j’ai regardé sur la présidentielle un épisode c ‘etait top

  4. Kervens dit :

    Y a pas à dire c’est top. Même aux states on a pas des documentaires de qualité semblable. Toujours dans le contrôle de l’image. Le seul regret, l’heure tardive.

  5. FLAMBY FRAMBOISE dit :

    Mitterrand était tout sauf socialo. Il a élevé sa fille illégitime aux frais de l’état, mis sur écoute Carole Bouquet, Juliette Binoche, etc. Ce type était à vomir. Iloa fréquenté des anciens collabos. Son fils a fini en prison. U voleur en col blanc !

  6. Dak Tirac dit :

    Je suis d’accord entièrement avec toi Flamby. Mitterrand était un pourri. Je ne connaissais pas Moati sous ce jour. Il parle franchement, ses réponses sur les Lepen sont super honnêtes. Il diabolise pas lui et il est pas dans la victimisation. Ca change des autres imbéciles de gauche.

  7. Clément du Pontet dit :

    Je rêve ou Serge Moati cite ce facho de Robert Brasillach??????????? Il va bientôt allé déposer des gerbes au cimetière de Charonne, dans le XXe arrondissemen. Chaque année, le 6 février, le Cercle franco-hispanique organise un dépôt de gerbes sur la tombe de Robert Brasillach!!!!!!!!

  8. VICTOR JUVISY dit :

    Moati qui cite un auteur facho, on crie pas au scandale ! Quand JM Le Pen en fait autant, « Melencon » sort l’artillerie lourde. Le crétin de journaliste qui réagit même pas ! Le monde à l’envers.

  9. Gidla54000 dit :

    Je ne suis pas sûre que Serge Moati soit juif socialiste. Citer Brasillach en est la preuve. La littérature compte tellement d’auteurs exemplaires, pourquoi choisir un collabo ?

  10. William D. dit :

    Vous connaissez l’expression  » c’est du second degré » ? Moati fait du 12 ème degré. Un juif érudit qui prend comme référence Brasillac

  11. Ticquetonne dit :

    Il faut pas oublier l’équipe autour de Srge Moati. Ce n’est un seul homme qui donne un travail aussi bon. Comme un président qui éclipserait son cabinet.


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