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[Européennes-Interview] David-Xavier Weiss : « On a des enjeux importants puisque 80% du droit français est issu du droit européen »

Publié le 20 mai 2014 à 12:15 - 0 commentaire

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17° sur les listes UMP en Île-de-France, sa seule ambition est de défendre les valeurs et les intérêts de la France. David Xavier Weiss revient sur l’actualité autour des européennes. Interview.

Il a travaillé aux côtés de Jean-François Copé en 2004, lors des régionales en France avant de devenir chef de cabinet du sénateur UMP Roger Karoutchi. Il a été élu maire adjoint à Levallois chargé de la communication et de l’événementiel. Aujourd’hui, avec Alain Lamassoure, tête de liste UMP en Île-de-France, il tente de faire valoir la position de la droite traditionnelle tout en encourageant un changement profond de sa structure et de celle de l’Europe.

Politics Inside. En 2011, vous co-rédigiez, avec cinq autres secrétaires nationaux, une tribune en faveur du mariage homosexuel. Votre famille politique y était fortement opposée, alors comment a-t-elle réagi face à cette fronde que vous meniez ?

Fronde est un bien grand mot, c’était plutôt une mise en garde. A l’époque, il s’agissait d’attirer l’attention des dirigeants de l’UMP sur le fait que la ligne droitière de Patrick Buisson conduirait le président Sarkozy droit dans le mur. On ne s’est pas trop trompés puisque, après la défaite aux présidentielles, chacun s’est accordé à dire notamment le centre droit choqué par cette stratégie droitière – plus que droitières même – qui avait conduit à l’échec, que l’instigateur en était Patrick Buisson. A l’époque ce n’était pas facile de dire les choses, quand le Président de la République est de la même famille politique que vous. Mais c’était notre devoir que de faire de tirer la sonnette d’alarme avant l’échec.

Ils n’étaient que trois députés UMP à voter pour la loi Taubira en faveur du mariage homosexuel en 2012, et pas de retour sur cette tribune au sein de votre parti ?

Il n’y a pas eu de sanction. Et c’est tant mieux! Non pas pour ceux qui auraient un avis divergent, mais pour l’image de l’UMM. Si nous avions été sanctionnés, cela aurait voulu dire que la parole n’était pas libre à l’UMP, qu’on serait un parti un peu stalinien. Inutile alors de critiquer les communistes, les pays de l’Est, si c’est pour faire la même chose! Je crois qu’au delà des votes, qui sont des prises de position officielle de la part des parlementaires, il y a chez les socialistes comme à l’UMP des gens qui sont homophobes sans s’en rendre compte. Il y a des parlementaires qui pensent à la place de leurs électeurs et à la place de leur base militante. Ils se disent « il faut que je sois comme eux ». Ils les imaginent beaucoup plus réactionnaires que ne l’est réellement la société, pensent anticiper ou parfois suivent bêtement des sondages et en arrivent à des votes réactionnaires bien loin de ce que l’on peut attendre d’un responsable politique, c’est à dire d’avoir une vision qui dépassent les enquêtes d’opinion. Il y en a qui ont le courage de ne pas suivre toute la troupe et c’est tant mieux, je n’aime pas cet aspect grégaire.

C’est le cas d’Aurore Bergé, elle a été évincée de la liste d’Alain Lamassoure. Certains prétendent que c’est à cause de son engagement en faveur du mariage homosexuel, de son passé socialiste aussi. Deux choses que vous avez en commun.

J’ai lu cet article de Valeurs Actuelles disant que c’était Alain Lamassoure qui l’avait évincé. Pour faire campagne quotidiennement aux côtés d’Alain Lamassoure je sais que ce n’est pas vrai. C’est une décision qui est passée en commission nationale d’investiture. Ce sont les Yvelinois qui ont souhaité mettre en avant Cécile Dumoulin au lieu d’Aurore Bergé. Quant aux engagements personnels de chacun, nous sommes beaucoup sur la liste. Il y a Samia Badat qui avait signé cette tribune donc ce n’est pas sur cette question qu’Alain Lamassoure ou les listes se sont constituées. Sortons de ce fantasme de ceux qui sont fondamentalement attachés aux valeurs familiales. Ca fait deux ans que la loi sur le mariage homosexuel est passée, je n’ai pas vu une déstructuration de la société. Ce ne sont pas 6 000 mariages qui vont détruire la société française. Et puis rappelons que les européennes c’est pour élire des députés au Parlement européen et que les politiques familiales sont du seul ressort des parlement nationaux. Donc le fantasme d’une Europe qui créerait le mariage pour tous c’est faux et c’est pour ça qu’Alain Lamassoure ne fait pas campagne sur ce terrain-là.

Cette différenciation entre les compétences de l’Europe et des Etats et qui est au cœur des débats européens, Alain Lamassoure y apporte une solution claire : le débat n’existe pas il ne doit y avoir ni fédéralisme ni nationalisme. Quelle serait la troisième roue du carrosse dans ce cas ?

Certains, si on prend par exemple le FN, veulent sortir de l’Europe. Et c’est d’ailleurs possible. Le dernier traité, celui de Nicolas Sarkozy, permet,  comme dans un mariage, de divorcer. Economiquement c’est intenable. Les Anglais, qui ne sont pas les plus europhiles, seraient sortis il y a un bon moment s’il y avait vraiment intérêt à cela. Ce que dit Alain Lamassoure, c’est souveraineté nationale, en tout cas pour la France, sur des valeurs régaliennes comme la justice, ou l’éducation, sur l’apprentissage et sur la préservation de nos valeurs, sur notre Histoire. Mais dans un même temps, mutualisation, pour gagner de l’argent, des marges de manœuvre. On a mis en place Shengen, qui est finalement devenu aujourd’hui un système un peu bâtard puisqu’on mutualise les frontières de l’Europe mais que dans le meme temps nous avons 28 systèmes d’asile différents, avec certains pays socialistes qui régularisent massivement des sans papiers créant un appel d’air, et faisant arriver ces migrants en France où les aides sociales sont les plus généreuses. On a des gardes frontières qui existent dans chaque pays sans protéger les frontières européennes! Ce qu’il manque, c’est une politique d’immigration et une politique de préservation de nos frontières au niveau européen, comme les garde-côtes américains. Il faut plus d’intégration sur certaines politiques, elle de l’immigration en fait partie, et puisqu’on avait jusqu’à présent un commissaire à l’élargissement européen changeons ses prérogatives et donnons lui cette charge. En effet, c’est un boulot qui se trouve être un petit peu à plat puisque finalement chacun s’accorde a dire que l’Europe restera à 28 États même t’es et que nous n’irons pas au-delà de 28. Il faudrait donc que ce commissaire à l’élargissement européen devienne un commissaire à l’immigration et à la protection des frontières!

Quant à l’éventualité d’accords avec les Etats-Unis, quelle est la position de l’UMP vis-à-vis des négociations en cours à Bruxelles ?

Je sais qu’il y a beaucoup de fantasmes sur la négociation avec les Etats-Unis alors que c’est une pré-négociation sur ces accords, non pas de libre échange, mais des accords commerciaux. On voit bien qu’il y a beaucoup de fantasmes de la part des écologistes et de l’extrême gauche. Or pour le moment, la ligne de l’UMP c’est de dire il faut une réciprocité totale des échanges commerciaux entre les Etats-Unis et les grands pays d’Europe. Aujourd’hui ce n’est pas le cas donc ce serait une grande avancée pour les produits français dans l’agroalimentaire comme le fromage, il n’y a pas que le fromage mais le luxe par exemple. L’idée c’est de garder l’exception française. Alain Lamassoure a proposé de préserver cette exception française. Et si nous ne pouvons pas exporter certains produits nous sortirons. Si nous sortons, si la France sort et bien l’Europe sortira.

Vous pensez que c’est un débat qui manque en France et en Europe ? Alain Lamassoure dénonçait le manque d’émissions spéciales qui parlerait du scrutin de dimanche, qu’en pensez-vous ?

C’est bien le problème de tous ceux pour qui croient à l’Europe, et même ceux qui n’y croient pas. On a des enjeux importants puisque 80% du droit français est issu du droit européen. Ce sont des élections importantes pour d’autres raisons puisque, pour la première fois le président de la commission sera élu au suffrage universel indirect. Si on n’a pas ce débat, si le service public ne fait pas cette mission de service public, et ça dépasse tous les clivages. Même Aurélie Filippetti l’a dit !  Donc vous voyez que ce soit le gouvernement ou l’opposition pour une fois on est d’accord. Parce qu’on a un président de France Télévision qui n’est pas à la hauteur des enjeux. Finalement c’est un ectoplasme mou, comme François Hollande, qui ne fait aucun choix. Il faut aller droit au but dans le message qu’on veut envoyer. On a donc le choix entre deux visions de l’Europe on a Martin Schulz, qui est un Hollande bis, qui est dans le consensus mou. Nous souhaitons la candidature de Jean-Claude Junker qui est contre l’élargissement européen, contre l’entrée de la Roumanie, contre l’entrée de la Turquie ce qui n’est pas le cas de la gauche. On a quand même deux visions très différentes de l’Europe. Si les Français veulent amplifier leurs problèmes ils voteront pour Martin Schulz. Et s’ils veulent rétablir l’équilibre, ils voteront pour Alain Lamassoure en Ile-de-France, pour les listes UMP et pour que Junker soit le président de la commission.

Entretien réalisé par Camille Evangelista

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