Economie, International

Crise économique et financière : fin de partie ou simple pause ?

Publié le 21 avril 2012 à 08:58 - 0 commentaire

par Henri SPITEZKI

 

Les récentes déclarations de Christine Lagarde et du FMI font espérer une amélioration de la situation de l’économie mondiale. Il n’est pas du tout sûr, pourtant, que cela signe la sortie de la crise actuelle. En effet, différents problèmes récurrents continuent de faire planer une grave menace sur l’avenir de l’économie planétaire, notamment en Europe. La fragilité financière est le premier d’entre eux. Elle se conjugue à la hausse des prix pétroliers et au ralentissement de la croissance.

 

 

La guerre monétaire bat son plein. Pour des raisons différentes, le dollar américain et le yuan chinois restent durablement dépréciés, tandis que l’euro continue de caracoler à des niveaux anormalement élevés, compris entre 1,31 et 1,33 dollars pour 1 euro.  Qu’en résulte-t-il pour l’économie du Continent ? Un freinage des exportations qui pèse lourdement sur la balance commerciale de nombreux Etats européens, notamment celle de la France.

Ceci n’a pas empêché la Directrice générale du Fonds Monétaire International, Christine Lagarde, d’annoncer, récemment, qu’elle entrevoyait une éclaircie dans le ciel de l’économie mondiale. Ne déclarait-elle pas, il y a quelques jours : « L’économie mondiale est peut-être sur le chemin de la reprise, mais il n’y a pas une très grande marge de manœuvre et pas de place pour les erreurs de politique. » Pourquoi ce jugement balancé ? Parce que, ajoutait-elle : « Grâce à ces efforts collectifs, l’économie mondiale a évité le pire et nous avons des raisons d’être plus optimistes. Mais l’optimisme ne doit pas nous bercer dans l’illusion de la sécurité. Il y a encore des vulnérabilités économiques et financières majeures que nous devons affronter ».

Les actions des banques centrales ne sont pas étrangères à cette embellie. La Fed, par son Quantitative Easing, inonde le marché de centaines de milliards de dollars, tandis que la Banque Centrale Européenne, à travers ses deux opérations LTRO, a déjà déversé 1000 milliards d’euros pour sauver le système bancaire européen, venu lui-même au secours des Etats par ses rachats de dette souveraine. Les taux d’intérêt proposés par les banquiers centraux restent bas. N’y a-t-il pas là un double risque, d’émergence d’une nouvelle bulle financière et de réapparition de l’inflation ?

Serions-nous, en réalité, en train de vivre sous le signe du « paradoxe de la tranquillité » de l’économiste américain Hyman Minsky (1970), qui établit que les crises de surendettement surviennent quand tout va bien dans l’économie ?

 

Parallèlement à son discours relativement optimiste, la responsable du FMI n’a pas manqué pas de pointer les trois risques majeurs qui pèsent actuellement sur le monde : la fragilité financière, les prix élevés du pétrole et le ralentissement de la croissance.

En ce qui concerne la fragilité persistante des systèmes financiers, ceux-ci restent complètement plombés par des niveaux élevés d’endettement privé et public. Ceci est vrai pour les États-Unis, qui sont partiellement protégés du problème par la position privilégiée du dollar dans le monde. Mais ceci est encore plus incontestable pour l’Europe, qui ne dispose pas du même avantage. Mme Lagarde a donc jugé bon de souligner que les besoins de financement du secteur public et des banques de la zone euro représentaient environ 23% du produit intérieur brut (PIB) de la zone, ce qui est absolument considérable.

Elle a également déclaré : « Deuxièmement, la hausse du prix du pétrole est en train de devenir une menace pour la croissance mondiale. Et, troisièmement, il y a un risque croissant que l’activité des économies émergentes ralentisse à moyen terme ».

Voilà de sérieuses raisons de s’inquiéter et, donc, de rester vigilants pour l’avenir. Cette préoccupation est d’ailleurs largement renforcée par un phénomène alarmant, celui de la panne de la croissance européenne.

Les Etats de la zone euro ne se sont-ils pas imprudemment engagés dans le cercle vicieux de l’austérité, en s’appuyant exclusivement sur des politiques de rigueur qui vont finir par tuer la croissance ?

On le constate avec la Grèce, qui poursuit sa descente aux enfers en s’enfonçant dans la récession. Ceci commence à se voir avec l’Espagne, qui a bien du mal à équilibrer ses comptes et se heurte à de grandes difficultés pour se financer sur les marchés. On ne peut s’empêcher de constater, en effet, que l’Espagne reste au centre des préoccupations des investisseurs sur les marchés obligataires. Ainsi, l’Etat espagnol a-t-il réussi à lever, jeudi, 2,541 milliards d’euros de fonds sur deux et dix ans, ce qui est mieux que le niveau visé (1,5 à 2,5 milliards). Mais à quel prix ? Celui d’une élévation de son taux d’intérêt sur dix ans, monté à 5,743%, contre 5,403% lors du dernier emprunt analogue en janvier. Des tensions qui se répercutent sur d’autres pays membres de la zone euro.

L’Espagne va-t-elle prendre le relais de la Grèce comme grand malade de l’Europe ? Voilà qui est particulièrement inquiétant si l’on tient compte de l’importante différence de poids économique entre ces deux nations : l’Espagne a un PIB de 1400 milliards de dollars (et une dette de 1050 milliards), tandis que le PIB de la Grèce s’élève à 300 milliards de dollars (avec une dette de 480 milliards).

 

L’économie mondiale est, pour l’instant, préservée d’une crise majeure, grâce au fonctionnement massif de la planche à billets, des deux côtés de l’Atlantique. Pourtant, la partie la plus directement menacée du système, l’Europe, ne cesse d’être secouée par des convulsions financières à répétition. La période actuelle d’accalmie continue à être marquée par des signes inquiétants, qui perdurent. D’où la question : sommes-nous enfin entrés dans une réelle phase de sortie de crise, ou ne vivons-nous qu’un simple répit ?

 

 

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Henri Spitezki est économiste. Docteur en Sciences de gestion et titulaire d’un D.E.S.S. de Sciences économiques. Il a enseigné à l’Université Paris-Dauphine et intervient en tant que conseiller auprès de grandes entreprises et de la Commission Européenne. Son dernier livre traite de la crise : « L’économie du chaos, chronique d’une faillite annoncée », éditions Unicomm, juillet 2011.

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