Economie, France, International, Législative 2012

Le retour à la croissance : un long chemin semé d’embûches

Publié le 22 mai 2012 à 12:30 - 0 commentaire

par Henri SPITEZKI.  

  

Depuis une semaine, de Berlin à Camp David, les réunions internationales ne font que se succéder. Bien qu’il en ressorte un thème récurrent, celui du nécessaire retour à la croissance, les moyens de parvenir à cet objectif sont loin de faire l’unanimité.

 

En rencontrant Angela Merkel le 15 mai à Berlin, quelques heures seulement après son investiture, François Hollande a ouvert un cycle de discussions appelées à largement se développer. A côté de réels points de convergence entre les deux pays, cette réunion  « informelle » ne met-elle pas en évidence de véritables éléments de divergence sur la question primordiale de la croissance ?

 

La chancelière allemande et le président français sont d’accord sur les responsabilités de leurs deux pays en Europe.

« Nous voulons que la Grèce reste dans la zone euro », a déclaré Angela Merkel lors de la conférence de presse commune tenue à la chancellerie. Ce à quoi François Hollande a répondu : « Je souhaite, comme Mme Merkel, que la Grèce reste dans la zone euro ». Ils prennent soin, tous les deux, d’ajouter qu’ils sont même prêts à envisager de nouvelles « mesures de croissance » pour aider ce pays en extrême difficulté.

Le second élément d’accord tient au rôle spécifique du couple franco-allemand. Madame Merkel souligne que la France et l’Allemagne, pleinement « conscientes de la responsabilité qu’elles ont » pour l’Europe, ont « le devoir » de travailler ensemble. Ce qui n’empêche pas le président français de nuancer ce discours d’amitié, en indiquant qu’il souhaite une « relation entre la France et l’Allemagne équilibrée et respectueuse de nos sensibilités politiques ». Tout un programme !

 

A côté de ces sujets, qui réunissent les deux pays, quelques autres apparaissent comme de sérieux facteurs de divergence.

Il s’agit, tout d’abord, des eurobonds : François Hollande se dit « prêt à tout mettre sur la table lors du conseil européen (du 23 mai), y compris les eurobonds ». Ces obligations communes européennes, qui alourdiraient la dette, restent un sujet tabou pour Berlin, qui veut faire passer l’austérité avant la croissance.

En ce qui concerne le pacte européen de discipline budgétaire, le président français maintient qu’il veut le renégocier pour lui adjoindre un volet de croissance, tout en laissant prudemment la porte ouverte à un compromis. On est donc en droit de s’interroger : le président aspire-t-il à un réel assouplissement du Traité, ou se sert-il de cette question comme d’une monnaie d’échange dans la négociation ?

En définitive, c’est sur le point primordial de la méthode de redémarrage de la croissance que les principaux désaccords subsistent entre les deux pays, même s’ils cherchent, diplomatiquement, à les minimiser. Sur ce terrain, on voit s’affronter deux conceptions : l’Allemagne mise sur des mesures structurelles (la flexibilisation du marché du travail, notamment), alors que la France souhaite que l’on s’appuie sur des investissements publics européens.

Ce grand marchandage a donné lieu à un nouvel épisode diplomatique, quelques jours plus tard.

 

Un nouveau rebondissement de ce trépidant feuilleton a eu lieu vendredi et samedi derniers, à Camp David, dans le Maryland, à 93 km au nord-ouest de Washington.

Les dirigeants du G8 y ont plaidé en chœur pour une mobilisation de la croissance, considérée comme l’unique moyen de compenser les effets néfastes de l’austérité budgétaire. Ils ont également rappelé leur soutien inconditionnel au maintien de la Grèce dans la zone euro.

A cette occasion, l’hôte du sommet, le président Barak Obama – soucieux des risques de retombée des problèmes européens sur sa réélection – a déclaré : « Tous les dirigeants sont d’accord aujourd’hui ici, la croissance et l’emploi doivent être notre priorité absolue« .

S’efforçant de minimiser les divergences sur le modèle de croissance à adopter, il a ajouté, dans sa déclaration finale : « Il y a maintenant un consensus de plus en plus net sur le fait qu’il faut en faire plus pour créer de la croissance et des emplois dans le contexte des réformes budgétaires et structurelles » engagées en Europe.

Ce bel exercice de synthèse diplomatique ne permet pas de dissimuler que l’Allemagne reste farouchement opposée à une remise en cause de la rigueur budgétaire. Berlin est effrayée par l’idée que l’Europe puisse se lancer dans des dépenses publiques qui amplifieraient les déficits publics, dont les siens.

A l’invitation du Premier ministre italien, Mario Monti, un nouveau rendez-vous a donc été pris, à Rome cette fois-ci. Cette rencontre entre les responsables des trois premières économies de la zone euro aura lieu avant les élections législatives des 10 et 17 juin en France, a annoncé Monsieur Monti devant la presse. N’en doutons pas, il profitera de cette occasion pour venir renforcer, une fois de plus, le front grandissant des partisans de l’investissement public. C’est ce que l’on peut lire entre les lignes de son discours : « On ne peut pas se contenter d’attendre des réformes structurelles et la réduction des déficits pour générer de la croissance ».

En attendant, se tiendra demain soir, 23 mai, un sommet informel de l’Union européenne, à Bruxelles. On y discutera notamment de la création d’eurobonds, souhaitée par la France, l’Italie et l’Espagne, et rejetée par Berlin, qui juge cette option trop risquée.

Pourtant, les choses vont mal dans cette Europe dont la situation économique et sociale ne paraît pas en voie d’amélioration. Les mauvaises nouvelles s’accumulent, et l’OCDE – selon les prévisions semestrielles qu’elle publie aujourd’hui même – prédit un léger recul de 0,1% de l’activité économique de la zone euro en 2012. Un mauvais présage de plus, puisque l’organisation internationale prévoyait encore une faible progression de 0,2% en novembre dernier. Ce qui la pousse à souligner la gravité de la crise que traverse l’Europe, qui, selon elle, « demeure la plus importante source de risques pour l’économie mondiale« .

 

Les lignes de force sont en train de se déplacer en Europe. Les Européens vont-ils arriver à un consensus sur une solution d’équilibre entre l’austérité et la croissance ? Pour l’instant, à l’abri du langage diplomatique, les sommets internationaux en cours font surtout ressortir les divergences fondamentales qui séparent nos dirigeants et sont autant de freins à l’action. N’est-il pas temps, enfin, de se mettre d’accord, quand on voit à quel point la situation du continent est en train d’empirer ?

 

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Henri Spitezki est économiste. Docteur en Sciences de gestion et titulaire d’un D.E.S.S. de Sciences économiques. Il a enseigné à l’Université Paris-Dauphine et intervient en tant que conseiller auprès de grandes entreprises et de la Commission Européenne. Son dernier livre traite de la crise : « L’économie du chaos, chronique d’une faillite annoncée », éditions Unicomm, juillet 2011.

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