Economie, France, International

Retour sur la question monétaire (1) : la guerre des monnaies

Publié le 27 janvier 2012 à 13:57 - 1 commentaire

 

par Henri SPITEZKI. 

 

 

 

Nous vivons actuellement une guerre acharnée des monnaies. Qu’en résulte-il pour les grands acteurs économiques ?

 

Les États-Unis et la Grande-Bretagne font actuellement marcher leur planche à billets, ce qui entraîne une dépréciation de leur monnaie et leur confère un avantage compétitif certain à l’exportation.

 

La Chine, dont la monnaie est inconvertible en devises étrangères, maintient artificiellement son yuan déprécié, ce qui favorise son commerce extérieur qui constitue un élément essentiel de sa croissance. Le Japon, de son côté , s’efforce d’empêcher une réévaluation trop forte du yen, pour les mêmes raisons

 

Dans cette guerre feutrée, les Etats-Unis ont fait savoir, 27 décembre 2011, qu’ils souhaitaient que la Chine et le Japon cessent d’affaiblir leur monnaie.

 

Le département du Trésor a notamment déclaré : « La tendance de longue date de la Chine à accumuler des réserves en devises étrangères, la persistance de l’excédent de ses comptes courants et l’appréciation inachevée du renminbi [nom officiel du yuan], compte tenu en particulier de la rapide croissance de la productivité dans le secteur des biens exportés, indiquent que le taux de change réel du renminbi persiste à être désaligné et reste considérablement sous-évalué ».

 

L’expression « désaligné » est utilisée par le FMI au sujet des infractions aux obligations d’un Etat membre.

 

Par la voix du Trésor, les États-Unis ont également mis en garde le Japon : « Plutôt que de réagir aux inquiétudes nationales sur le ‘yen fort’ en intervenant pour essayer d’influencer le taux de change, le Japon devrait prendre des mesures fondamentales et en profondeur pour accroître le dynamisme de son économie ».

 

Ceci n’est pas qu’une simple guerre de communiqués, mais l’affirmation, en termes diplomatiques, d’une volonté de sortir de cette situation.

 

En effet, les enjeux de la guerre monétaire sont de taille. Il s’agit, pour tout pays, de d’accroître ses exportations en vue de doper sa balance commerciale. En d’autres termes, cette action est destinée à permettre une accumulation de réserves de change.

 

Sur ce champ de bataille, l’Europe reste très en retrait, presque silencieuse. Elle continue, contre vents et marées, à maintenir une monnaie forte. Ce choix, conjugué à des politiques d’austérité, l’a menée tout droit à la récession. Peut-elle, raisonnablement, persister dans cette voie ?

 

 

 

A suivre : Retour sur la question monétaire (2) et fin : l’Europe en mauvaise posture.

 

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Henri Spitezki est économiste. Docteur en Sciences de gestion et titulaire d’un D.E.S.S. de Sciences économiques. Il a enseigné à l’Université Paris-Dauphine et intervient en tant que conseiller auprès de grandes entreprises et de la Commission Européenne. Son dernier livre traite de la crise : « L’économie du chaos, chronique d’une faillite annoncée », éditions Unicomm, juillet 2011.

Réactions

1 commentaries

  1. Claire dit :

    Nous prenons plaisir à lire vos papiers extrêmement intéressants


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