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Rodolphe Oppenheimer-Faure: « Edgar Faure est un homme impressionnant »

Publié le 27 mai 2014 à 16:41 - 3 Commentaires

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Rodolphe Oppenheimer-Faure, le petit-fils d’Edgar Faure, vient de publier un ouvrage, « Edgar Faure : Secrets d’Etat-Secrets de Famille », paru aux Editions Ramsay et préfacé par Jean-Michel Baylet et Jean-Louis Borloo. 

 

 

Pourquoi écrire ce livre sur Edgar Faure?

Mon grand-père était un homme de grand renom. Il a eu un parcours impressionnant tant dans sa vie politique que dans sa vie personnelle. Il désirait écrire le troisième tome de ses mémoires, n’ayant pu le faire, je me devais d’exaucer ce souhait d’autant que j’étais son petit-fils et très proche de lui. Il ne faut pas oublier qu’il a été plusieurs fois Président du Conseil, Président de l’Assemblée Nationale et plus jeune avocat de France à l’âge de 19 ans. Il était également poète et chansonnier, Serge Reggiani a d’ailleurs chanté « La longue attente », ému par les paroles et la musique. Edgar Faure a été élu à l’Académie française. J’ai fondé l’Association Edgar Faure en 2003 afin de rappeler ses actions, d’ouvrir un voile sur l’homme passionnant et passionné, doté d’une grande finesse ponctuée d’humour. J’ai réalisé le seul documentaire portant sur sa vie. La démarche de créer le Prix de littérature politique, en 2007, coule de source, puisqu’il s’agit de récompenser le meilleur ouvrage politique de l’année.


Que peut-on apprendre de nouveau sur Edgar Faure dans ce livre?

J’y raconte les événements qui se sont succédés de 1958  jusqu’à son décès et qui n’ont encore jamais été évoqués. 

 

Quelle facette de votre grand-père vous fascine le plus?
Edgar Faure est un homme impressionnant. Il a tout de même été 13 fois ministre, 2 fois Président du Conseil, maire, député, sénateur, président de région. Un homme de grande envergure ! De tous les mandats, il ne lui en a manqué qu’un seul, celui de la magistrature suprême. Auteur de roman policier, il signait ses ouvrages Edgar Sanday, non sans une pointe d’humour, Edgar sans « D ». Dans mon souvenir, mon grand-père et moi étions très proches. Nous vivions dans le même immeuble. Je l’accompagnais souvent dans ses déplacements. Ses propos me fascinaient à tel point que je les consignais sur un cahier qu’il corrigeait le plus souvent. Comme la plupart des grands hommes, il dormait peu. Il avait cet amour de la vie, des bons mots. 


Vous mêlez à la fois les secrets d’Etat et de familles pour quelles raisons ?
Edgar Faure doit être connu aussi bien dans son intimité que dans sa vie politique richissime, d’autant qu’il portait en lui l’amour pour la France et sa famille. Sa vie familiale lui était essentielle. A mon avis, il a su garder un équilibre grâce à elle. Il me fallait donc traiter ces deux aspects. 
Lucie Faure, vous le narrez dans le livre, est très présente. Pourquoi n’avez-vous pas écrit plutôt un livre sur le couple Faure ?  

 

Lucie avait un rôle prépondérant dans la vie d’Edgar Faure. Elle était bien évidemment son épouse mais, très perspicace, lui prodiguait également de judicieux conseils. De ce fait, il s’appuyait donc sur elle et aura même le titre de meilleur conseiller. Pour ce qui est de la vie personnelle de Lucie, elle a lancé avec Albert Druon, en 1943, une revue, la Nef, dans laquelle médecins et hautes personnalités écriront. Cette revue ne sera éditée qu’après la Libération. Elle recevra le Tout-Paris dans ses salons. Elle est l’auteur nombreux romans et abordera des sujets épineux comme l’homosexualité ou le droit des femmes, sujets tabous à l’époque. Elle a été à la fois une femme vivant dans l’ombre de son époux et célèbre de par son travail. 

 

 

On apprend dans votre ouvrage qu’il y avait certaines rivalités avec l’ancien président Valéry Giscard d’Estaing. Les tensions entre eux ont-elles pu s’apaiser ? 


Il ne me semble pas. Mon grand-père faisait de nombreux traits d’humour. J’ai d’ailleurs noté sur mon livre les fameuses citations d’Edgar Faure dite A-Faurisme. A l’âge de 28 ans, Valéry Giscard d’Estaing était directeur adjoint au cabinet d’Edgar Faure. Une anecdote, un jour, Edgar Faure déclara que son directeur de cabinet était quelqu’un d’important, qu’il était un homme de grande taille et que ça lui permettait d’accrocher son chapeau. Un trait d’humour mal perçu par Valéry Giscard d’Estaing.


Edgar Faure était un grand orateur qui préparait minutieusement ses discours. Cependant, lors du Conseil des Ministres, il arrivait le plus souvent « les mains dans les poches » ? 
C’était l’impression qu’il donnait. Vous faites certainement allusion à l’histoire de Jean Pichon. Celui-ci était inquiet de voir Edgar Faure, alors ministre de l’Agriculture, se rendre au Conseil des Ministres sans ses notes. Mais Jean Pichon fut rapidement rassuré devant l éloquence d’Edgar. Nombreux de ses collaborateurs passaient des heures à rédiger des notes, des discours. Edgar Faure, lui, lisait ses documents en diagonale durant quelques minutes, hochait de la tête et puis repartait tranquillement.


Quel est beau souvenir gardez-vous de lui?

 

 

Il m’est difficile de vous en livrer un. Je dirais son sourire malicieux qui ne peut s’effacer de ma mémoire, sa voix particulière que l’on peut encore entendre à travers les radioscopies de Jacques Chancel ou d’autres documents. Sa présence, cette aura, qui par chance, est toujours présente dans ma mémoire.

 

Vous a-t-il transmis l’envie de faire la politique?

Oui, c’est la raison pour laquelle j’en fais. Il faut s’inscrire dans l’action. 

 

 

Quelle personnalité politique aujourd’hui se rapproche le plus de l’idéologie de votre grand-père ?


Je pense aux deux personnes qui ont préfacé mon livre, Jean-Marie Baylet et Jean-Louis Borloo. Ils sont respectivement les présidents des partis radicaux de gauche et de droite. Aujourd’hui, Jean-Louis Borloo a mis fin à ses fonctions. De nouvelles personnalités sont mises en avant comme Rama Yade. Elle a su, tout en étant une radicale de droite, tendre la main aux radicaux de gauche. Par son esprit d’ouverture, elle fera une bonne présidente, d’autant que ma famille politique est la gauche. Il est effectivement important de ne pas critiquer systématiquement l’opposition. Nous pouvons être contradicteurs mais pas contradicteurs naturels.


Edgar Faure était un homme de consensus. Pourquoi a-t-il choisi d’entrer au Parti Radical?
A l’époque, les partis politiques étaient différents de ceux d’aujourd’hui. Edgar Faure avait de nombreux échanges avec le Général De Gaulle, mais n’était pas un gaulliste convaincu. Il n’adhérait pas systématiquement à la pensée ou la philosophie gaulliste. Il se sentait plus à l’aise parmi les Radicaux Socialistes mais fut tout de même exclut par deux fois pour avoir rejoint le Général De Gaulle. De peur d’être pris pour un opportuniste, il avait décliné une première offre de De Gaulle. Par contre, lorsque le Général le lui proposa une seconde fois, il acquiesça se disant « quitte à ce que l’on me prenne pour un opportuniste, autant que je sois ministre pour arranger les choses ».


Son plus grand regret est-il de ne jamais avoir exercé la fonction de Président ?


Lui, vous aurez certainement répondu « non ». Une anecdote : il a été le premier hôte de François Mitterrand en 1981, lorsque celui-ci a été élu. Edgar Faure lui dit « C’est moi qui aurait dû être ta place ». Mitterrand répondit « Mais en attendant, c’est moi qui suis assis ici ! »


Les deux hommes avaient-ils une relation privilégiée?


Uniquement deux personnes tutoyaient François Mitterrand, Edgar Faure et Robert Hersant. Pour une raison simple, les deux députés ont été les seuls à soutenir Mitterrand lorsqu’éclate « L’affaire de l’observatoire ».


Vous avez réalisé un documentaire sur Edgar Faure, créé un prix littéraire politique et écrit un livre, que souhaitez-vous nous faire partager encore?


Mon souhait serait de faire une compilation de ses chansons. Mais à l’heure actuelle, trouver l’artiste qui voudra bien reprendre les chansons d’Edgar Faure et participer à ce projet est un gros challenge vu le marché du disque.

Réactions

3 commentaires

  1. keren dit :

    Des hommes dont on aurait besoin de nos jours

  2. Boaz dit :

    Un très beau livre que j’ai découvert sur la personnalité privée du Président Edgar Faure et la relève en la personne de son petit-fils qui emboite le pas avec ce « tome III » des mémoires du président.


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