France

17 000 personnes en France vivent dans environ 400 bidonvilles

Publié le 28 septembre 2013 à 17:53 - 1 commentaire

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Mieux vaut balayer devant sa porte avant de voir la misère chez autrui. Surprise ou non, il y a bien près de 17 000 personnes en France qui vivent dans environ 400 bidonvilles. Cette information provient d’une étude réalisée par le Dihal ( Délégation inter-ministérielle à l’hébergement et à l’accès au logement) dans le cadre du suivi de la circulaire du 26 août 2012 sur l’évacuation des campements illicites.

 

Parmi ces 17 000 personnes, il y aurait environ 4300 enfants. La répartition des ces bidonvilles connaît plusieurs pôles autour de grandes villes comme Lille, Paris, Nantes ou Montpellier.

 

Le rapport rappelle par ailleurs les missions d’éducation et de prévention santé effectuées dans ces bidonvilles, notamment des campagnes de vaccinations. La Dihal souhaite par ailleurs renforcer « la lutte contre les discriminations » dont sont victimes les populations vivant dans les campements illicites, ainsi que la lutte contre « les réseaux criminels actifs dans certains campements », exploitant la pauvreté des gens y vivant.

Réactions

1 commentaries

  1. Blondeau Véronique dit :

    FAIRE DU LOGEMENT UNE GRANDE CAUSE NATIONALE
    POUR LUTTER CONTRE LA CRISE DU LOGEMENT, IL FAUT DOUBLER LE
    PLAFOND DE RESSOURCES DES ALLOCATIONS LOGEMENT
    Faut-il créer un « Manifeste Des 343 Parias Prêts À Montrer Leur Cul Ou Bien Pire Encore Pour
    Faire Avancer La Cause Du Logement Et Accessoirement Emmerder Madame Elisabeth Levy »
    ( qui se préoccupe davantage « d’emmerder les féministes » que du sort des mal-logés en France )
    pour être entendu ?
    Mais quels parias ? Et qui le signera ? Je veux bien faire signer mes deux chats, mes trois poules, les
    grenouilles de la mare et les mésanges charbonnières qui viennent au poste de nourrissage, mais
    cela suffira-t-il pour faire bouger les lignes ?
    Parce que maintenant, elles DOIVENT bouger. La situation du logement en France ne peut plus
    attendre !
    Et pour cela, il existe une solution simplissime qui peut être adoptée immédiatement : remettre à
    plat le système des allocations familiales et d’aides au logement, DOUBLER LE PLAFOND DE
    RESSOURCES POUR L’OBTENTION D’ALLOCATIONS-LOGEMENT !
    Il faut doubler ce plafond, qui est scandaleusement bas : moins que le SMIC !
    IL FAUT PORTER LE PLAFOND DE RESSOURCES POUR LA PERCEPTION
    D’ALLOCATIONS-LOGEMENT À 20.000 € / AN POUR UNE PERSONNE SEULE !
    Quitte à revoir et à baisser les allocations-familiales.
    C’est une simple mesure d’équité et de justice !
    Créées en 1932 principalement pour la classe ouvrière, les « allocs » sont aujourd’hui distribuées à
    tort et à travers.
    Les principaux bénéficiaires d’allocations familiales, ceux qui ont de nombreux enfants, se trouvent
    aux deux bouts de l’échelle sociale : familles très pauvres et familles riches.
    La classe moyenne sait qu’elle doit limiter les naissances pour vivre à peu près convenablement.
    Le prototype de la famille pauvre en France est, depuis plusieurs années déjà, le parent isolé avec
    un seul enfant.
    Or, avoir des enfants relève désormais d’un CHOIX. Que ce soit dans les familles pauvres où
    l’enfant est très souvent considéré comme une source de revenus ou dans les familles riches qui font
    ce qu’elles veulent et faudrait voir à les empêcher, non mais sans blague, on vit dans un pays où le
    contrôle des naissances est facile.
    Que les familles pauvres n’aient pas accès à ces possibilités, ou qu’elles n’en soient pas correctement
    informées, on peut se poser des questions sur le pourquoi de la chose.
    Et y remédier.
    Mais qu’on touche aux « allocs » et c’est une armée bons chrétiens CSP +++ qui monte au créneau
    pour revendiquer son droit inaliénable à pondre et à faire raquer le reste de la société.
    Parce que des enfants si je veux quand je veux ( et au diable les éventuels minuscules petits
    problèmes de surpopulation à venir très bientôt ! ), mais des enfants qui MÉRITENT les aides
    publiques ainsi leurs papas-mamans pour les aider à l’inscription au cheval, au piano, dans une école
    privée bien fréquentée ( comprendre : sans Arabes ) et pour organiser des « rallyes » dans la bonne
    société. Éventuellement, la préparation au bal des débutantes pourra être facilitée par ces bonnes
    vieilles allocations familiales. J’exagère ? Montrez-moi que ces familles très huppées ne perçoivent
    aucune prestation familiale.
    Qu’un gouvernement parle de plafonner et c’est aussitôt un cri de haine et de révolte. Mais
    personne, personne pour revendiquer des allocations logement non-plafonnées, qui sont
    actuellement distribuées au compte-goutte à des privilégiés sous-smicards assistés (et naturellement
    paresseux ! )
    Un exemple dans mon entourage : Julie a gagné 70 € de plus que le plafond de ressources pour
    l’ANNÉE.
    ( Année qui, au fait est celle de deux ans auparavant, ou N-2 : pendant ce temps, comme chacun le
    sait, la dépense énergétique n’a pas augmenté, le loyer non plus. Le salaire, lui, a fait du surplace.)
    Eh bien, les 70 € gagnés par Julie sont devenus MOINS 110 € PAR MOIS d’allocations-logement
    perdues !
    1320 € envolés !!!
    C’est quoi, le but ? Aller supplier son patron de ne surtout pas augmenter le salaire ?
    Julie a dû quitter son appartement, pourtant fort modeste…
    COMPRENEZ D’OÙ MA RAGE VIENT
    Qui suis-je et d’où viens-je ?
    Je suis née en 1951 en Algérie, de parents Français.
    Retour de la famille en France en 1954 après un drame familial, dans un dénuement absolument
    total.
    Hébergement d’urgence d’abord sur la péniche de l’Armée du Salut à Toulon, puis dans un camp
    provisoire pour une durée de quelques semaines à quelques mois, j’ai oublié.
    Ensuite, la famille ( deux parents, quatre enfants ) s’installe dans un logement de type studio à la
    Valette du Var : celui-ci est insalubre et minuscule pour une famille de six personnes. Il faut le soir
    déplier les lits sur lesquels nous dormons. Le mien est rapidement si distendu que je développe une
    scoliose et une cyphose, dont je souffre encore ( beaucoup ) aujourd’hui.
    Nous n’avons qu’une seule petite table, ce qui nous gêne considérablement pour faire nos devoirs
    d’écoliers.
    C’est là que naît la cadette, qui souffre de rachitisme jusqu’à ses dix ans. Cette pathologie est
    attribuée par le corps médical à la vie dans un logement sans fenêtres et humide. ( Bien que la
    famille aérât autant que possible par l’ouverture de la porte ).
    Il n’y a pas de chauffage ; malgré les hivers doux en région Provence, certaines journées sont
    glaciales et nous les endurons difficilement.
    Nous y restons pourtant dix ans. .
    Installation de la famille en 1964 à Moirans, Isère, dans un logement dépourvu de sanitaires ( mais
    beaucoup le sont encore à l’époque) et vétuste. Cependant, il est plus grand et bénéficie de deux
    chambres. Il a des fenêtres . Il est équipé d’un poêle à mazout .
    Installation en 1966 dans une H.L.M. neuve : première salle de bains, grandes baies vitrées, une
    chambre pour les parents, deux chambres pour les enfants, chauffage central .
    Ce logement représente un véritable tournant dans notre vie, qui elle aussi devient plus lumineuse.
    Les résultats scolaires des enfants s’améliorent, la santé de toute la famille aussi.
    Décès de mon père en 1968, à l’âge de 49 ans, d’une rupture d’anévrisme. Toute sa vie, il avait
    souffert de migraines atroces plus ou moins soignées. Ses conditions de vie n’ont certainement pas
    arrangé sa santé. On a une durée de vie plus courte quand on est pauvre, c’est normal.
    Pendant l’hiver 1954, ma mère nous avait lu l’appel de l’abbé Pierre. Nous étions petits et n’en
    avons sans doute pas compris grand chose, si ce n’est que nous étions des « mal-logés ».
    Et que ce statut n’avait rien d’enviable.
    Qu’est-ce que la vie d’un enfant « mal-logé » ?
    D’abord, il y a la promiscuité, le manque absolu d’intimité. Par bonheur, nous habitions une région
    « chaude » et passions le plus clair de notre temps dehors. Cela nous a probablement sauvés de
    beaucoup de choses : manque d’hygiène, de chaleur, d’espace, de soins, de lumière.
    Mais la toilette se faisait en public( famille ) et parfois, dans les douches municipales. Ma mère
    tendait une serviette en guise de cloison et nous lavait tour à tour dans une bassine, mes parents
    faisant de même. Cela représentait une difficulté compte tenu de l’exiguïté du logement, des seaux
    d’eau à remplir et à vider dans l’unique petit évier de la cuisine.
    La seule table servait à tout : préparer les repas, manger, travailler…Il fallait sans cesse la
    débarrasser pour un nouvel usage. Nous n’avions pas de bureaux ni d’endroit pour poser des livres
    ou des cahiers. Seule, une petite étagère avait été attribuée à chacun de nous pour y poser un ou
    deux jouets ou livres, une image, le pyjama.
    Le soir, les enfants dormaient tous dans la cuisine, les parents dans la « pièce » dévolue à l’activité
    de photographe de mon père. Tout le monde dépliait son lit à une place attribuée. La première chose
    qu’il fallait faire le matin était de les replier et les ranger pour faire de la place.
    Vivre comme cela donne déjà le sentiment qu’on n’est pas comme les autres. Certes, la période est
    difficile pour tout le monde et dans ce quartier personne n’est riche : toutefois, les copains ont des
    chambres, il y a un cabinet de toilette et une table pour faire les devoirs. Les nôtres n’étaient pas
    faits et cela nous pénalisait aussi à l’école : double peine.
    Quand on est un enfant mal-logé, on n’invite pas ses copains à la maison. À la fois parce qu’elle est
    trop petite et qu’on a honte. Mais quand on est invité chez les autres, on a honte aussi. On pense que
    si on est moins bien logé, c’est qu’on est moins bien tout court.
    On intériorise une véritable saloperie psychologique : un « bon » logement ( et la « bonne vie » qui
    va avec ), ÇA SE MÉRITE .
    Il faudra tout de même qu’un jour, la psychanalyse se penche sur la pauvreté comme pathologie
    infantile sévère.
    Le manque d’argent était tel que même ce logement n’était en rien garanti. J’entendais mes parents
    évoquer parfois un loyer (ou plusieurs ) impayé(s) et une possible expulsion. Cela me remplissait
    d’angoisse et m’empêchait de dormir. J’avais une forte imagination et projetait sans peine la famille
    dehors, vivant…où ? Comment ?
    Un enfant mal-logé est un enfant anxieux et souvent insomniaque.
    Ce qui n’améliore pas les performances scolaires.
    ( Précision : mes parents étaient des gens instruits et cultivés. Grâce à cela, et aussi grâce à l’aide de
    certains instituteurs et travailleurs sociaux, nous avons pu lire autant que possible, nous promener et
    sortir, apprendre de la nature et profiter de l’ascenseur social « scolaire » qui fonctionnait bien à
    cette époque ; il n’en est plus de même aujourd’hui. )
    Mais ce qui rendait cette condition supportable était qu’elle était partagée. De très nombreux
    rapatriés d’Algérie rentraient, augmentant encore la demande de logements. Les premières cités
    d’H.L.M. sortaient de terre, on avait l’impression qu’il existait une volonté de résorber cette crise et
    que les paroles de l’Abbé Pierre avaient été entendues…
    Soixante ans plus tard, la situation ne s’est pas améliorée, elle a empiré.
    Dix millions de personnes, selon la Fondation Abbé Pierre, vivent le mal-logement ou sont sans
    domicile fixe.
    Certains ont un travail et rentrent le soir dormir dans leur voiture, un couloir d’immeuble, un
    hébergement d’urgence…
    Les associations qui oeuvrent au quotidien pour soulager cette détresse sont de plus en plus
    désemparées devant l’augmentation incessante de ces naufragés du logement et la fonte des crédits
    qui leurs sont alloués. Pire, la Fondation Abbé Pierre souligne qu’on trouve même maintenant des
    propriétaires pauvres, ne pouvant honorer leurs créances, entretenir leur logement, se chauffer, se
    soigner.
    De nombreux accédants à la propriété, ayant « investi » dans de lointaines zones périurbaines, se
    saignent pour survivre, se déplacer. Ils n’ont pas toujours, pas forcément « accédé à un rêve » de
    propriété, mais ont bien souvent opté par défaut pour ce choix faute de logements locatifs proches et
    bon marché. Ils y vivent mal et y sont étranglés par leurs crédits.
    De nombreux locataires du parc public auraient besoin d’une pièce de plus et y renoncent au vu de
    la cherté des loyers. D’autres, très nombreux aussi, pourraient quitter le secteur public pour prendre
    un logement dans le parc privatif, mais se résignent après avoir fait et refait leurs comptes.
    Les causes de cette situation sont nombreuses et je ne saurais prétendre les pointer toutes :
    -Le Livret A : d’après Wikipedia,
    Le livret A permet principalement de financer le logement social: la Caisse des dépôts prête aux
    organismes sociaux de l’habitat (OPAC, Offices Publics de l’Habitat (OPH), Entreprises Sociales de
    l’Habitat (ESH ex-SA HLM), ) des fonds indexés sur Livret A, à des taux privilégiés. À titre
    d’exemple, le taux du prêt locatif à usage social (PLUS) est au 1er août 2009 égal à 1,85 %, soit
    livret A +0,6 21. Fin 2007, les Fonds d’épargne (hors refinancement)prêtaient 88 Md€ (Fonds Livret
    A, mais également LDD, LEP), utilisés dans le financement de :
    Projets d’équipement : 3 Md€
    Programmes de logement : 84 Md€
    dont : Très sociaux : 4 Md€ Locatifs : 47 Md€ Amélioration de l’habitat : 5 Md€ Locatifs
    Intermédiaires : 6 Md€ Projets urbains : 2 Md€ Renouvellement urbain : 4 Md€
    Projets divers : 1 Md€ »
    Mais ce brave Livret A est régulièrement l’objet de toutes les convoitises ! Lorsque son taux
    d’intérêts est baissé, cela diminue d’autant la masse d’argent disponible pour le logement social. Pire,
    on envisage de le taxer, et cela n’aurait aucun rapport avec une politique du logement ! Mais, au
    garde-à-vous et comme un seul homme, les commentateurs nous expliquent que c’est une mesure de
    justice, qu’il y a là un pactole qui dort ( ah bon ? Et il ne sert pas à liquider cette crise du logement ?
    ) et que de toutes façons, vous n’y comprenez rien, rompez.
    -Les normes locatives se sont durcies, sans doute dans l’intention louable d’éviter les taudis . Mais
    les travaux nécessaires pour la mise aux norme sont coûteux et certains propriétaires n’ont pas les
    moyens de les faire.
    -Les communes construisent, comme elles le peuvent, avec plus ou moins de bonne volonté. La
    disparité entre elles est énorme.
    -Les particuliers rénovent et investissent…et désirent ensuite un retour sur investissement .
    -Les (nombreux ) logements vacants pourraient être réquisitionnés, mais leur remise en état coûte
    souvent beaucoup plus cher que la construction de nouveaux habitats.
    -Les promoteurs privés n’ont que faire de familles pauvres et réalisent des logements haut de
    gamme pour une clientèle solvable.
    -Les « veuves », qui ne le sont pas toujours et ne sont pas toujours des femmes : il s’agit de
    personnes vivant dans des appartements devenus « trop grands » après le départ des enfants, le
    décès du conjoint . Avec bien souvent une grande difficulté à chauffer et entretenir le lieu. Un des
    principaux motifs de dissuasion est qu’elles paieraient plus cher un logement plus petit. Ajoutons
    des frais de déménagement et de réinstallation ( de plus en plus chers ) et on se retrouve avec un
    immobilisme qui n’est pas prêt de changer. Si elles sont majoritaires à vouloir rester en place, rien
    ne saurait les contraindre à en partir . Des souvenirs, toute une vie ne peuvent être balayés d’aucune
    manière . Mais s’il en existe, et il en existe forcément, qui veulent bien partir et libérer leur
    logement À CONDITION d’être aidées, tant physiquement que socialement et financièrement, et
    qu’une collectivité ou un organisme peut le faire, pourquoi cela n’est-il pas fait ?
    -Parfois, on est « pas trop mal » logé . Mais pas bien non plus. C’est par exemple un(e) divorcé(e)
    qui se retrouve dans un T1 et doit y accueillir ses deux enfants, un garçon et une fille, pendant sa
    semaine de garde alternée. Il( elle ) dort alors sur le canapé, pendant que les enfants occupent
    l’unique petite chambre et ont des lits superposés. Ho hé, on ne va tout de même pas offrir des
    appartement qui ne sont pleinement occupés qu’une semaine sur deux, non mais !
    Mais si, on pourrait ! On éviterait sans doute ainsi bien des drames du divorce ( dont sont victimes
    en premier lieu les enfants ). On éviterait qu’un des deux parents trouvent que décidément, chez
    l’ex-conjoint, les enfants ne sont pas confortablement accueillis et qu’on va donc demander une
    modification de la garde alternée. On n’y perdrait rien !
    -D’autre part, dans de nombreuses zones rurales en France, il existe un nombre important de
    logements vides, d’ailleurs souvent mis à la vente ou à la location : tous ne sont pas bloqués par des
    propriétaires égoïstes ou par des héritiers incapables de s’entendre. Mais leur remise en bon état
    d’une part, et l’éloignement des lieux de travail d’autre part ne les rendent pas attractifs. Une aide à
    l’installation, des stages d’adaptation en milieu rural, un revenu garanti ( RSA, autre…) permettrait
    sans doute d’en faire occuper un grand nombre : la région Auvergne par exemple propose des aides
    à l’installation par des incitations financières, ainsi que des aides à la reprise d’entreprises. Cela
    pourrait être appliqué au plan national pour toutes les zones qui se dépeuplent en France.
    Les organismes sociaux ne pourraient-ils pas les acheter, plutôt que d’en construire ? Quand on se
    balade dans le pays et qu’on voit toutes ces maisons, presque toujours flanquées d’un jardin, voire
    ces hameaux ou villages désertés, on a le cœur tordu par tout ce gâchis.
    Je me souviens d’un ministère de « l’Aménagement du Territoire », sans trop me rappeler en quoi
    cela consistait exactement, mais l’intitulé est assez parlant. Pourquoi cela n’existe-il plus ?
    On a l’impression que la disparité grandissante entre les régions urbaines et rurales est une fatalité,
    pire, un facteur de progrès. Qu’il n’y a absolument aucune volonté politique d’inverser cette
    tendance, que la population DOIT désormais se concentrer dans les villes et qu’il serait irréaliste de
    vouloir le contraire ! L’emploi, l’emploi, l’emploi, tel est le leitmotiv martelé jusqu’au vertige. Mais
    l’emploi se raréfie même dans les villes. Voir des gens faire les poubelles des supermarchés est
    certainement plus moderne que les voir gratter un jardinet et élever quelques poules…
    Bien sûr, tous les mal-logés ne désirent pas s’installer à la campagne : ils n’en connaissent rien, n’y
    ont pas de famille, pas d’amis.
    Ils n’y seraient pas non plus accueillis avec bienveillance par des ruraux, qui ont eux aussi de
    bonnes raisons d’être à cran.
    Mais huiler tout cela, c’est possible. Pas facile, mais possible.
    Des animateurs en milieu rural, des stages, des rencontres, des aides aux accueillants comme aux
    accueillis .
    Des appels à la générosité comme il en existe tant pour tant d’autres causes, à la mobilisation autour
    de celle-là comme celui de l’Abbé Pierre en 1954, ça avait pourtant marché, non ? Les ruraux
    AUSSI ont du cœur, cela n’est pas réservé aux gens des villes.
    L’habitat alternatif ( camions, yourtes, cabanes, bungalows… ) est réglementé et tellement dissuasif
    que bien peu de personnes franchissent le pas.
    La débrouille :
    De plus en plus de jeunes…et de moins jeunes trouvent des alternatives. Déjà exclus du monde du
    travail, ils le sont de facto de celui du logement. Ce sont donc des squats, des occupations illégales
    de locaux divers. D’autres aménagent des camions et prennent la route. D’après un documentaire de
    la chaîne Arte, « Une génération sur la route », ils seraient un demi-million. Certes, on peut y voir
    un choix de vie, pas le plus tragique. Leurs véhicules sont en général très bien aménagés, ils
    s’entraident, s’attendent, se connectent les uns aux autres. Mais ils sont tenus à avoir un « carnet de
    route », ils doivent obligatoirement se déplacer et ne pas stationner trop longtemps en un endroit.
    De surcroît, il est interdit de vivre dans un camion !
    Mais dans la rue, c’est permis…
    D’autres vivent dans des yourtes, des bungalows, des cabanes. Ils recréent un monde solidaire où, si
    la vie est parfois difficile, on en affronte les obstacles à plusieurs. Leur confort est minimaliste mais
    ils ne s’en plaignent pas et trouvent des solutions acceptables pour, par exemple, l’évacuation de
    leurs déchets et eaux usées. Ils se situent dans une mouvance écologiste loin des centre-villes et de
    la consommation. Ils aiment leur habitat et ne demandent rien à personne, si ce n’est la possibilité de
    rester sur un terrain. On est très loin d’un campement de fortune, d’un bidonville, tant sur le plan
    esthétique et environnemental qu’hygiénique et sanitaire.
    D’autres encore investissent des mobil-homes qu’ils achètent ou qu’ils louent à l’année, dans des
    terrains de camping qui veulent bien fermer les yeux sur l’illégalité de la chose. Ou des caravanes.
    Ceux-là ne sont sans doute pas les plus malheureux : il bénéficient de blocs sanitaires, vivent assez
    collectivement, s’entraident aussi. On y trouve des ouvriers en déplacement, des retraités, des
    chômeurs habitués du lieu, etc.
    D’autres à l’inverse campent dans des bois en périphéries des villes dans un inconfort absolu, un
    manque d’hygiène et de sanitaires préoccupant, le froid, l’insécurité. Ce sont des « Robins des
    bois » invisibles, non-connectés au reste de la société, oubliés de tous. Parfois, un reportage fait
    dans le sensationnel et en interroge un, qui, furtif, parle d’une voix déformée et demande le floutage
    de ses traits, comme s’il était un criminel. Pour notre société, c’en est un.
    Puis, tout rentre dans l’ordre. Les parias retournent dans l’ombre.
    Cette misère noire nous renvoie au moyen-âge. Des hordes de sauvages venus des bois dont il ne
    vient à l’idée de personne que, peut-être, s’ils avaient un appartement bien chauffé et lumineux…
    Outre le refus de la quasi-totalité des communes de leur permettre de s’installer sur leurs terres, la
    loi LOPPSI 2 leur mène la vie dure.
    Non seulement le marché de l’immobilier est bloqué de toutes parts, mais il est interdit de lui
    échapper ! Hors de l’agence immobilière, de l’organisme social, de la taxe d’habitation, taxe
    foncière, taxe d’enlèvement des ordures, du traitement des eaux…point de salut !
    Pour toute une frange de notre population, c’est donc définitivement : point de salut.
    Pas d’espoir. Pas ou peu de travail ET pas de logement.
    Quant aux campements de fortune et à ce qu’il faut bien appeler des bidonvilles, comment une
    société évoluée, ayant toujours une solution hautement technologique pour chaque problème, fait-
    elle pour laisser perdurer une telle détresse ? Qui, quand, où fera-t-on enfin se rencontrer et
    dialoguer le trader de la Défense, le businessman intergalactique et le pauvre hère, le gamin
    dépenaillé issus du fond des âges ?
    Ils vivent pourtant dans le même pays et dans la même époque .
    Plutôt des normes draconiennes que du logement « de débrouille », des cabanons sur terrains
    agricoles ou des yourtes relativement bien chauffées. Les communes ne veulent pas d’ennuis avec
    de possibles accidents et se réfugient derrière la loi, les particuliers ont peur de ces nouveaux «
    campeurs », l’État ne sait même pas qu’ils existent.
    À tous ceux-là, il suffirait déjà d’un minuscule pied-à-terre en dur pour que leur vie soit améliorée :
    garage, garde-meubles, studette pour l’hiver…
    Avoir un toit sur la tête ne relève pas du mérite !
    Avoir un toit sur la tête est aussi vital que manger, boire, dormir, respirer, pisser. La pire des
    crapules, le plus parfait salaud mérite ce toit comme celui d’être nourri, même si c’est en détention.
    Du reste, le même, errant dans les rues est encore pire !
    À part un tortionnaire, personne n’aurait l’idée d’empêcher quelqu’un d’uriner quand il en a besoin.
    Mais l’empêcher de se mettre à l’abri, notre société de grands humanistes-universalistes ( les
    « zuzus ») le tolère très bien. Les états d’âme attendront.
    Avoir un toit sur la tête, dans un pays où il n’est guère possible de tendre son hamac entre deux
    cocotiers, n’a rien à voir avec l’effort soutenu ou avec la supposée paresse de l’assistanat . Tous,
    absolument TOUS, doivent en avoir un . Ce n’est pas une option, un choix, c’est une O-BLI-GA-
    TION !
    On a vu récemment aux informations ce fait divers absolument ahurissant : des familles peuvent
    être expulsées de leur logement pour cause d’enfant délinquants ! Ces familles, ces enfants ( dont on
    peut légitimement penser qu’ils ont causé de nombreux troubles du voisinage ) seront certainement
    désormais de bons citoyens. Qui ne coûteront plus rien à la société, et surtout pas l’occupation
    imméritée d’un bel et bon logement H.L.M. !!!
    Ils coûteront dix fois plus cher, en hébergement d’urgence, en nuits d’hôtel, en frais de police et de
    justice, en services sociaux. Mais au moins ont-ils libéré un précieux appartement. Dans un contexte
    de pénurie durable, c’est toujours ça de gagné, hé hé hé !
    Avoir un toit sur la tête améliore les résultats scolaires . Quand on prétend lutter contre l’illettrisme
    et le décrochage scolaire, il est absolument vain de vouloir le faire sans mener AUSSI la lutte contre
    le mal-logement.
    On peut même avancer que cela améliore la compétitivité des travailleurs, puisque cela est
    désormais le seul critère valable. Un travailleur qui part le matin avec la peur au ventre, après une
    mauvaise nuit dans un logement insalubre ou trop exigu n’a probablement pas une énorme
    disponibilité mentale. Celui qui vient de sa lointaine banlieue de banlieue après 1h30 de route non
    plus. L’angoisse est contre-productive, le désespoir dangereux .
    Avoir un toit sur la tête n’est pas seulement rentable en terme de santé physique et mentale . C’est
    rentable aussi pour les finances locales, cela fait rentrer de la taxe d’habitation, de la dépense
    énergétique, cela encourage à la consommation. Ça ranime la vie associative et citoyenne.
    Avoir un toit sur la tête éloigne les pensées racistes, la jalousie de ce que l’Autre, l’Étranger est
    supposé avoir de plus. Quand on est tous « logés » à la même enseigne, mais que cette enseigne est
    pourrie, on ne se supporte pas les uns les autres. On hait celui qui a un bout de fenêtre, un demi-
    coussin de plus, un quart de mètre carré balayé pour dormir. On préfère bousiller la douche
    commune plutôt que de permettre à des « pistonnés » d’en profiter. On revendique son bout de
    trottoir sur lequel, parfois, on meurt, agressé par de plus pauvres que soi.
    Avoir un toit sur la tête rend automatiquement moins haineux.
    Avoir un toit sur la tête entrave la « montée des extrémismes », selon une formule consacrée en
    vogue en ce moment. On se sent moins exclu, on est moins réceptif à un discours s’adressant aux «
    petits, aux obscurs, aux sans-grade » puisqu’on devient alors un peu moins petit, un peu moins
    obscur. Que ce discours soit une foutaise et que ce ceux qui le profèrent n’aient rien, absolument
    rien à proposer aux mal-logés ( à part virer de leurs logements d’autres pauvres, peut-être pour
    augmenter encore la masse des sans-abris…) n’est pas le propos.
    Le propos, c’est cette souffrance. Le plus beau cadeau que l’on puisse faire à ces démagogues. Le
    terreau idéal pour ces fleurs vénéneuses, cette pourriture sociale.
    Avoir un toit sur la tête diminue la délinquance et les incivilités. Lorsque ce toit est agréable,
    confortable, on a même du temps pour commencer à s’intéresser à autre chose : associations de
    quartiers, scolarité des enfants…
    Avoir un toit sur la tête et être aidé pour l’entretenir est un moyen de lutter pour un meilleur
    environnement et contre les émissions de gaz à effet de serre : chaudières mieux entretenues,
    isolations plus performantes, économies d’énergie.
    Avoir un toit sur la tête améliore les relations entre les personnes, que ce soit dans le logement ou à
    l’extérieur, fait baisser d’office les troubles du voisinage. L’humanité est telle qu’il n’y a pas moins
    d’adolescents pénibles, d’enfants braillards, de voisins irascibles dans les résidences haut de gamme
    que dans les tours HLM : mais les appartements y sont mieux insonorisés, les espaces verts mieux
    entretenus, les véhicules mieux abrités, les parties communes plus propres.
    L’habitant d’une résidence de luxe n’est pas un meilleur humain et ne MÉRITE pas plus son confort
    que la femme de ménage seule pour élever son enfant dans un taudis. Ses conditions d’habitat
    l’aident à mieux se comporter en société, c’est tout.
    Avoir un toit sur la tête fait baisser la natalité « anarchique » : très jeunes mères, familles qui
    mettent au monde des enfants pour ce que cela va leur apporter en terme d’allocations
    FAMILIALES. Cela responsabilise davantage en donnant l’impression de pouvoir-au moins
    partiellement- maîtriser sa vie mieux que par sa simple fécondité.
    Avoir un toit sur la tête fait revenir dans la communauté humaine des personnes qui en sont sorties à
    leur corps défendant . Le proposer, c’est un acte de paix , c’est lutter contre la violence sociale et
    lutter contre la violence subie par l’absence d’un abri.
    L’héritage et le MÉRITE
    Cette société qui se préoccupe tant de mérite dès qu’il s’agit d’un emploi ou d’un appartement a
    soudain des pudeurs de violette quand on aborde la question de l’héritage.
    Il semble ne venir à l’idée de personne de contester le mérite de ceux qui font un héritage.
    Or, à moins d’être soudain frappé d’imbécillité, il apparaît sans le moindre doute que cet héritage a
    été constitué par des ascendants, peut-être très méritants, très travailleurs, très compétitifs, mais
    ascendants tout de même !
    À moins que ces ascendants n’aient associé leurs enfants dès leur plus jeune âge aux affaires de
    l’entreprise ou à la gestion du patrimoine familial, ce qui bafouerait alors les droits de l’Enfant, ces
    enfants ne MÉRITENT rien.
    RIEN.
    Qu’ils soient devenus à l’âge adulte des bourreaux de travail, des investisseurs de génie, des créatifs
    hors-pair, c’est bien possible. Que leur mérite soit immense et reposant seulement sur leurs frêles
    épaules, nul ne le conteste. Que leur bonne fortune n’ait strictement rien à voir avec la manne de
    l’héritage, admettons.
    Mais cette manne, elle vient de papa et maman, ou pépé et mémé.
    À l’origine, ce sont EUX qui se sont déchirés, pas les bambins !
    Les bambins des SDF sont sûrement beaucoup moins méritants. Et paresseux, timorés face à
    l’entrepreneuriat et à l’investissement, risquophobes, quoi.
    Qui peut soutenir une connerie pareille ?
    D’un côté donc les SDF et les mal-logés, de l’autre les héritiers. On doit trouver assez peu
    d’héritiers dans les deux premières catégories.
    Pourtant, dans les conversations courantes, il est régulièrement évoqué le dramatique problème des
    droits de succession.
    Il faut alors compatir, s’indigner, râler contre cette épouvantable impôt si injuste, frappant durement
    l’héritier tellement méritant.
    Droits qui ont été d’ailleurs considérablement réduits par Nicolas Sarkozy. Ce que cela a coûté en
    terme de ressources perdues pour l’État avait été chiffré, on en était à plusieurs milliards pas an. On
    doit pouvoir retrouver ce chiffre, vertigineux.
    Mais pas facile de mettre la main dessus, comme par hasard !
    Le gouvernement socialiste actuel n’est pas revenu sur ces mesures et ne le fera pas. Il est très
    probable, voire certain, que les héritiers votent davantage ( et mieux ! ) que les parias…
    Pour ces huit millions de personnes ( dont des enfants de plus en plus nombreux ), entendre
    régulièrement la plainte de ceux qui doivent payer des droits de succession sur leur(s) héritage(s) est
    proprement lunaire ! On peut avancer que nombre d’entre eux aimeraient bien savoir ce qu’est le «
    ras-le-bol » fiscal, mais surtout l’appartement qui va avec !!!
    Pourtant, payer le loyer, c’est la priorité !
    C’est ce que les locataires placent en premier dans leur budget, au risque de sacrifier des pans
    entiers de leur bien-être et de leur confort. Perdre son logement est, aujourd’hui comme hier, la
    principale source d’angoisse. On s’accroche à son chez-soi quoi qu’il en coûte. Jusqu’au moment où
    il en coûte trop…
    C’est alors une descente aux enfers. Aux enfers, vraiment, pour ceux qui se retrouvent à la rue,
    parfois en famille.
    Que les autorités compétentes ne mesurent pas ce qui a été consenti avant d’en arriver là, les
    énormes sacrifices qui ont été faits par toute la famille, montrent leur ignorance crasse de la
    situation. J’insiste : le poste « loyer » est très massivement celui que l’on tient à payer, le plus
    longtemps possible, avant d’abandonner. Lorsqu’il y a abandon et dette de loyer, c’est autant un
    échec pour la société que pour le foyer, c’est une société qui ne tient aucun compte des efforts
    surhumains produits par certains de ses membres pour vivre au quotidien.
    Ce « mérite »-là n’a aucune valeur aux yeux de l’opinion, aucune visibilité. Au mieux, on
    l’encourage du geste et de la voix, mais tout de même pas jusqu’au coup de pouce matériel qui
    évitera le basculement.
    C’est impardonnable, inadmissible, désespérant.
    Un mot sur les jeunes qui font la manche et sur ceux qui veulent rester dans la rue.
    Certaines personnes ont choisi la rue et la mendicité pour vivre. On n’y peut rien. Cela a sans doute
    toujours existé. Ils y voient une liberté, ou une transgression. Les jeunes veulent vivre une aventure,
    souvent consécutive à un conflit familial, veulent se frotter à l’école de la débrouille. Les vieux
    « clodos » ne veulent pas qu’on les « fasse chier », ce qui leur tient lieu de philosophie. Qu’ils aient
    raison ou tort, on n’est pas là pour en juger. Les associations, le SAMU social ne peuvent que
    constater leur refus d’aller dans des centres d’hébergement d’urgence. Rien ne peut en effet les y
    contraindre.
    Rien de plus légitime alors que le sentiment d’agacement qui s’empare des gens à la descente du
    train, quand ils vont faire une journée de travail pénible et longue, devant ces jeunes vautrés sur
    leurs couvertures en compagnie de leurs chiens.
    Et rien de plus normal que de ne rien leur donner ! Le sempiternel refrain culpabilisant sur « le
    regard de l’autre », décliné en « au moins leur donner un sourire, leur montrer qu’ils sont de belles
    personnes malgré tout » , le tout saupoudré de tonnes de glucose, montre l’ignorance des subtilités
    de la situation, entre les visibles et les invisibles.
    Ignorance pardonnable d’ailleurs : Le Pape François ( béni soit-il ! Parole d’athée ) dénonce des
    médias qui n’ouvrent pas un seul journal sans parler de la Bourse, mais se tait quand quelqu’un
    meurt dans la rue. Il meurt une personne PAR JOUR dans la rue, au moins, été comme hiver )
    Le discours « si tu veux sauver des SDF, ben t’as qu’à en héberger chez toi » est ridicule et
    insultant. Il ne tient pas compte qu’on peut se battre pour d’autres que soi gratuitement. Ni que
    chacun fait ce qu’il peut, à son niveau.
    On peut ne pas avoir envie d’aider ces jeunes, ces SDF-là sans être un salaud insensible. Après tout,
    ils sont valides, leur santé ne semble pas trop mauvaise. Dans le lot, on trouve des enfants de
    familles tout à fait correctes, et où on les attend. Leur existence dans la rue ne dépasse pas souvent
    quelques années, le temps de bien mesurer que les hivers sont coupants et les étés tout aussi
    insupportables. Beaucoup rentrent au bercail d’eux-mêmes…
    Pour ma part, je ne leur donne rien. Je participe déjà à la collecte alimentaire, paie mes impôts et
    mes prélèvements sociaux : que ces impôts et prélèvements ne servent pas à soulager ces
    souffrances me met hors de moi, mais je n’y peux rien .
    Pour les vieux SDF, qu’on appelait autrefois « clochards », c’est autre chose. Ils sont réellement
    fragiles, de santé très mauvaise, à la merci de toutes les violences. Certains ont une sorte de «
    chez-soi » à l’abri. Ils vivent depuis si longtemps dans cette condition qu’ils ne veulent pas entendre
    parler d’aide et de secours. Ils savent qu’ils mourront dans la rue, anonymes.
    Et alors ?
    Ça empêche de leur verser cette allocation-logement ? De guider jusqu’à leur esprit l’idée que, peut-
    être, s’ils le veulent, un logement est dans l’ordre du possible ?
    Ça empêche l’ÉTAT de rester humain, en toutes circonstances ?
    Mobilisation contre la faim OU mobilisation contre le mal-logement ?
    La faim, la possibilité de la faim, mobilise du monde et du beau monde, même. Chaque année, par
    des concerts, des appels au dons, les organisations caritatives servent des repas, assistent les
    personnes et organisent la solidarité. Elles font un travail nécessaire et remarquable.
    Mais tout le monde connaît ou a éprouvé la sensation de faim, et sait comme elle peut être
    désagréable, voire douloureuse. C’est valable dans le monde du spectacle, des ministères, des beaux
    quartiers comme dans le monde de la pauvreté. C’est une connaissance universelle.
    En revanche, bien peu de personnes de la « bonne » société connaissent ou ont éprouvé in-vivo le
    mal-logement . Sans doute même : personne.
    Est-ce parce que c’est plus abstrait que la mobilisation est moindre, que les associations peinent à
    recruter des stars pour cette cause ? ( Une mention spéciale toutefois pour de belles personnes
    impliquées dans cette cause, Josiane Balasko, Carole Bouquet, le regretté Albert Jacquart et
    d’autres, mais infiniment moins nombreux que pour la cause alimentaire… ) Et qu’elle est infiniment
    moins médiatisée ?
    Est-ce moins sexy, moins glamour que la faim, qui, pourtant…? Une rangée de tentes au bord d’un
    canal, un taudis surpeuplé, un lotissement misérable au milieu de nulle part, une barre d’H.L.M.
    oubliée des politiciens, c’est certainement plus sinistre encore que les Restos du cœur où, au moins,
    la gratitude est bien visible …et savamment mise en scène par les caméras compassionnelles des
    médias.
    Les mal-logés, eux, font la gueule, n’ouvrent pas leur porte, ne se montrent pas, ne sont soutenus
    par aucune star du showbiz.
    Pas de concerts, pas de spectacles, pas de « logementhon ». Juste des bénévoles, admirables et
    anonymes, qui vont parfois passer une nuit sur le canal Saint Martin en compagnie de SDF, on en
    parle un peu aux informations puis on passe à autre chose parce que là, Coco, ce n’est vraiment pas
    bandant.
    On lit ça et là qu’il faudrait un nouveau Coluche, un nouvel Abbé Pierre . Mais ILS EXISTENT ! Ils
    sont sur le pont, et quand je dis SUR le pont, c’est bien plus souvent SOUS le pont, en compagnie
    des SDF !
    Ils se battent et battent le pavé, organisent des manifestations, des actions spectaculaires. Ils
    dépensent une énergie incroyable. Mais un Jean Baptiste Eyraud se fait tabasser lors d’une de ces
    actions, la police disperse les manifestants, lesquels sont décidément considérés comme des hors-
    la-loi ! Ne vous indignez pas, résignez-vous !
    Si une Geneviève De Gaulle ou un Père Joseph Wresinski revenaient aujourd’hui, Manuel Valls leur
    enverrait ses flics. Si l’Abbé Pierre lançait un nouvel appel, pas une seule chaîne de télé ne
    l’inviterait à le diffuser et le populariser. Peut-être même passerait-il quelques heures en garde à vue
    pour troubles de l’ordre public.
    Le triomphe de l’égoïsme, l’apogée du cynisme : la télé.
    Dans le poste de télévision, que ce soient aux informations ou dans des émissions de
    divertissement, on voit un défilé incessant de gens qui voyagent un peu partout dans le monde. On
    ne dira rien sur leur bilan carbone, dont ils n’ont bien sûr jamais entendu parler , on n’est pas là pour
    ça.
    Mais ce qui semble une évidence dans ce monde de l’audiovisuel ressemble aux nouvelles d’une
    autre galaxie pour les mal-logés . Comment tous ces « grands voyageurs », ces aventuriers qui «
    font » des pays comme on « fait » les magasins sont-ils hébergés dans leurs déplacements ?
    On apprend alors du fond de son fauteuil qu’il existe des hôtels 5, 6 étoiles, ou plus. On en était
    resté benoîtement à 3 et on trouvait déjà que c’était le grand luxe pour y avoir, une seule petite fois,
    pris un petit déjeuner .
    On est passé au très grand luxe, puis, comme les superlatifs ne suffisent plus, au très très très très
    très très grand luxe, et comme de bien entendu, « on » MÉRITE tout cela. Rien n’est trop beau pour
    bébé, mais surtout pour ma gueule, parce que je le vaux bien et toute cette sortes de choses.
    Les palaces publics ou privés défilent alors sur l’écran. Chacune de ces chambres d’hôtel pourrait
    héberger durablement une famille de 12 personnes dans un confort inimaginable. L’hôtel est
    d’ailleurs devenu la seule chose qui restera dans le carnet de voyage : il était trop ceci, pas assez
    cela, la piscine était trop chaude et les cocktails trop froids. Le reste du pays ? Vous voulez
    dire…Les habitants ? Ahhh oui, le barman et la femme de ménage étaient très souriants.
    Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage et puis est revenu avec le peignoir ( brodé ?) de
    l’hôtel. Et un million de photos avec moi-ma-gueule et ma copine devant la mer turquoise sous les
    cocotiers. Ça et l’inévitable anecdote sur l’ « aréoport » ( même pas foutus de causer correctement
    la France ! ) qu’on racontera au retour.
    Ou bien, grands reporters, animateurs « aventuriers », ils vivent à la dure, sous les bombes ou sous
    des cieux inhospitaliers : rendez-vous compte, parfois, il pleut ! Ou parfois, ça explose. Ou bien
    l’hôtel est inconfortable. On nous « fait prendre conscience », parce que, spontanément, on n’a pas
    une vraie bonne conscience des choses et du monde. On nous engueule un peu même, on en appelle
    à notre solidarité face aux cataclysmes , aux guerres.
    Mais c’est surtout que l’hôtel est tellement inconfortable !
    La vie à l’hôtel, certains mal-logés la connaissent bien. Ça permet d’ailleurs de dire aux haineux
    qu’ils y mènent une vie de patachon aux frais du contribuable. Ils doivent penser dans leur toute
    petite tête que ce sont les mêmes hôtels qu’on voit à la télé, ceux qui offrent un séjour de rêve si on
    passe dans telle émission et qu’on a bien répondu à toutes les questions sur le foot et les chanteurs
    morts.
    Eh bien, au risque de les décevoir, non, ce ne sont pas tout à fait les mêmes . Oh certes, cela coûte
    tout de même très cher à la collectivité, mais le prix ne vient pas des prestations de luxe ! Il vient du
    cynisme de marchands de sommeils, maquereaux du logement au même titre que les proxos du pain
    de fesses. Mais moins poursuivis par la justice.
    Ici, on cherchera en vain les salles de bains dorées à l’or fin, les massages voluptueux, les lits en 340
    de large et le groom-service obséquieux comme on aime.
    Ici règnent les punaises, les cafards. On s’y entasse à 12 par pièce, la douche et les chiottes sont au
    sous-sol. On cuisine sur un mauvais réchaud une nourriture lavée dans la douche sordide.
    On peut être deux vieilles dames malades vivant dans quelques mètres carrés sans fenêtre, et on
    obéit au patron qui interdit de sortir, mais parfois on fait quand même quelques pas furtifs dans le
    couloir du palace.
    Parfois, le taulier vient remettre de l’ordre dans tout ça, parce qu’une journaliste ( courageuse et
    indispensable Élise Lucet ! ) va venir enquêter.
    On regarde l’émission, on est scandalisé, horrifié.
    Pas pour bien longtemps,
    Ouais ouais ouais, mais après il y aura Nagui et chez lui, les hôtels, c’est classe ! Chez lui, c’est
    TOUJOURS tropiques, palmiers, sable fin ( mais pas aux Maldives hein, aux Maldives, il n’y a
    RIEN ! ). Il n’oubliera pas, parce qu’il a du ( vibrato, svp ) COEUR, de faire la promo du téléthon,
    ou d’autre chose qui fait appel au COEUR parce que les Français ont du COEUR, mais pas la promo
    du revenu de base ou d’allocations-logement substantielles. On a le COEUR sélectif, à la téloche.
    Nagui ou un autre, qu’importe.
    Ils sont interchangeables.
    Ils sont désespérants.
    Désespérant aussi, affligeant, le défilé de ces vedettes au grand COEUR, exilés fiscaux, vieux
    bourrins retors et roublards, venant nous faire les poches, nous exhorter à être généreux ! Et vas-y
    que je te pousse la chansonnette, sans oublier la promo du dernier album ou spectacle ! Et que je te
    passe la pommade, et que je t’admire d’être un si beau grand COEUR, et que je te déclare « qu’on a
    besoin de vous » alors que non, c’est NOUS qui avons besoin d’eux ! Enfin, d’eux, de leur pognon
    surtout, de NOTRE pognon, celui qu’ils ont fraudé au fisc ! Qu’ils commencent par payer leur dû et
    on verra ensuite ce qu’on peut faire…
    Le charity-business a fait long feu ! Place à la solidarité nationale revue et corrigée en fonction de
    l’époque !
    Et dans la mort ? Les caveaux de famille.
    Une fois qu’on est mort, ça va un peu mieux, sur le front des disparités. Enfin, un tout petit peu
    mieux.
    Parce que même dans la mort, il y a du logement grand luxe et de la fosse commune. Que des
    particuliers puissent s’offrir un caveau somptueux, pourquoi pas ? S’ils pensent y être plus heureux…
    Mais outre que c’est une pollution supplémentaire infligée à la planète ( pour elle, désolée, mais le
    meilleur mort est le mort biodégradable ), cela occupe une place démentielle. Inutile. Quelle que
    soit la somme allouée au luxe de la dernière demeure, on n’en devient pas pour autant immortel. Ni
    les riches, ni les pauvres.
    Admettons que nous ayons beaucoup de place dans notre commune: aucune raison dans ce cas
    d’arguer du manque de terrains pour ne pas construire de logements aux vivants. Et s’il n’y en a pas
    beaucoup ?
    Dans ce cas, on va peut-être bien devoir faire preuve de courage. Oui oui oui, ces mêmes décisions
    « courageuses » qui sont exigées dès lors qu’il s’agit de faire travailler les gens plus longtemps,
    payer davantage des services autrefois publics, leur santé, leurs études, leur énergie, tout ce bel
    argumentaire dénonçant, et avec quelle vigueur, les archaïsmes ( syndicaux, les archaïsmes, toujours
    ) insupportables qui entravent la modernité.
    Vous voyez ?
    Ce même courage pour pulvériser le code du travail, le contrat social, il va peut-être falloir penser à
    le mettre en œuvre pour freiner l’expansion des cimetières !
    Expliquer aux familles endeuillées que, malgré leur douleur, rien ne fera revenir le défunt et que les
    vivants aussi ont besoin de place, ça doit être dans l’ordre du faisable, non ?
    On n’honorera pas moins ses morts et pas moins bien. On ne sera pas devenu pour autant un ingrat
    oublieux. On apprendra à se recueillir et à penser à eux autrement.
    Je tiens absolument à ce que mon corps soit légué à la Science, qui en fera ce que bon lui semble.
    Le corps ne sera pas remis à la famille. La famille ira honorer ma mémoire en forêt ou à la
    campagne, et je suis sûre qu’elle le fera très bien.
    Pas un sou pour ma dépouille mortelle, pas un centimètre carré d’occupation des sols ! Mais
    l’instauration durable d’une allocation logement pour ( presque ) tous suffira à contenter mon
    fantôme.
    ( Remarquez, si on préfère instaurer un Revenu de Base, ou Salaire à Vie, ou Revenu d’Existence,
    ou Allocation Universelle, ou appelez ça comme vous voudrez, mon fantôme en sera également très
    satisfait. Mais qu’on instaure quelque chose, bordel, pour enfin permettre à TOUS d’exister dans la
    dignité !!! )
    Si l’Abbé n’est plus là, hélas, pour faire vibrer le pays, pourquoi ne jamais donner la parole à ses
    dignes successeurs ?
    Les quelques miettes de médiatisation autour de ce drame social ne suffisent pas à mobiliser. Il faut
    mettre le paquet !
    Alors, et alors seulement, on trouvera des personnalités pour faire mettre enfin la main au
    portefeuille des nantis autrement que par des mesures de rétorsion . Un « beau gosse » qui en
    appelle à la défense de « sa pute » pourrait peut-être AUSSI, éventuellement, s’il a cinq minutes,
    quand il aura un moment…signer un manifeste pour les allocs-logement, non ?
    Le faire signer à ses potes, ou même à ses putes, on n’est pas regardants.
    Ce que Coluche a fait pour les ventres, personne pour le faire pour les toits ?
    DOUBLER LE PLAFOND DE RESSOURCES POUR PERCEVOIR
    LES ALLOCATIONS-LOGEMENT N’EST PAS UNE PERTE
    SÈCHE, C’EST UN INVESTISSEMENT !
    Oui, un investissement. Seuls les mauvais spéculateurs ne comprendront pas ce qu’il peut y avoir
    comme retombées positives à une telle mesure. Je postule qu’il en existe de bons…
    Le doublement de ce plafond avoisinera les 20.000 euros par an par foyer. Ceux qui pensent que
    c’est une fortune sont soit de très pauvres qui survivent avec les minima sociaux ( survie qui est en
    soi un scandale honteux!), soit les Crésus vivants qui donnent cette somme à leurs bambins comme
    argent de poche. Les gens qui vivent avec ça doivent faire attention à tout et rogner sur tout. Rien ne
    leur est épargné, ni l’impôt sur le revenu, ni les charges du foyer à plein tarif, ni les diverses
    cotisations sociales, redevances, activités des minots, transports, nourriture, chauffage, santé,
    mutuelles, assurances…Qu’on soit seul ou en famille, cette somme est insuffisante pour faire des
    projets d’achat de maison ou simplement changer d’appartement. Elle ne permet pas d’épargner.
    Juste au-dessus, ça va un tout petit mieux. Seulement un tout petit peu.
    Relever le plafond de ressources des allocations à cette hauteur donnera immédiatement une poche
    d’air à toutes ces personnes, mais aussi à toute la société. C’est tout le parc immobilier qui sera
    fluidifié. Mais également le bien-être de millions de personnes qui sera amélioré en dehors des
    luttes sociales. Doubler ce plafond, c’est instiller un peu de paix dans le chaos grandissant de cette
    société.
    Conséquences immédiates ou retours sur investissement :
    - Vous voulez lutter contre l’illettrisme et l’échec scolaire et vous y consacrez d’ailleurs des fonds, de
    l’énergie, du temps: doublez le plafond des allocations-logement et vous commencerez à voir des
    résultats.
    -Vous voulez lutter contre les incivilités, la petite délinquance, les troubles du voisinage qui
    engorgent les tribunaux : doublez le plafond des allocations- logement.
    -Vous voulez améliorer la santé publique, faire des économies de sécurité sociale, faire baisser la
    consommation nationale d’antidépresseurs: doublez le plafond des allocations- logement.
    -Vous voulez améliorer la qualité de l’air et faire des économies d’énergie , lutter contre les
    gaspillages énergétiques, permettre que les appareils de chauffage soient plus performants, les
    chaudières mieux entretenues, les logements mieux isolés: doublez le plafond des allocations-
    logement.
    -Vous voulez lutter contre le racisme, vous voulez une société plus tolérante et bienveillante :
    doublez le plafond des allocations- logement.
    -Vous voulez lutter contre les extrémismes, la montée de la démagogie haineuse :doublez le
    plafond des allocations- logement.
    Sans être la solution à tous les problèmes, prendre celui du mal-logement à bras-le-corps aurait des
    conséquences aussi spectaculaires que l’instauration des congés payés ou que la création de la Sécu.
    Les retombées seraient aussi économiques que sociales et politiques. Ne pas vouloir le faire, c’est
    VOULOIR laisser dix millions de personnes en état de grande souffrance.
    Si « on » est capable de nous montrer à chaque instant le « modèle « allemand, ou suédois, ou
    américain, ou italien, peu importe, dès qu’il s’agit de nous exhorter à faire sans cesse des sacrifices
    au travail, pourquoi ne nous montre-t-on jamais ces mêmes modèles quand il s’agit de leurs
    logements ? J’ai très peu voyagé, mais quelques séjours en Allemagne, en Italie m’ont fait voir des
    appartement sociaux qui, en France, ressemblent à des résidences !
    Notre parc de logements est par endroits digne du tiers-monde !Nos résidences universitaires sont
    une honte !
    Faire de la France le premier pays en terme de qualité et de quantité de logements, ça pourrait lui
    rendre un peu d’éclat et de prestige aux yeux du reste du monde.
    Offrir aux jeunes cette perspective d’avenir, c’est leur redonner espoir, c’est leur offrir une
    alternative au seul paiement de la DETTE auquel ils semblent condamnés.
    Véronique Blondeau, décembre 2013


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