Les affaires, Livre politique

Interview Christine Deviers-Joncour : enfin toute la vérité !

Publié le 29 mai 2012 à 14:55 - 21 Commentaires

AVIS P©LITICS 

Par Bachir Boulegriblet

 

Condamnée à perpétuellement être jugée depuis l’affaire Elf-Roland Dumas,  CDJ tout en contradictions est un mélange de  détermination et de fragilité, marquée d’une fêlure  datant de  sa tendre enfance. 

Christine  Deviers-Joncour n’en perd pas pour autant son sens de l’humour. Avec « Ces Messieurs… » *, elle nous livre une peinture au vitriol du pouvoir,  émaillée d’anecodtes authentiques.  Ici,  Eva Joly, l’écologiste, a  aussi droit à une magistrale volée de bois vert.

 

 «Je peux l’avouer maintenant : j’ai accepté d’être manipulée !»

 

«Je ne voulais pas donner à Eva Joly la satisfaction de se  payer Dumas »      

«Plus je dépérissais, plus Eva Joly raccourcissait ses jupes, des bas blancs en hiver avec porte-jarretelles apparent»     

«Incarcérer, Eva Joly, ça la fait jouir ! Elle adore vraiment ça»  

«Oui, je servais d’écran, d’intermédiaire»       «Pourquoi, je n’ai pas tout livré ? Car je faisais un cadeau royal à Eva Joly»       «Eva Joly est intellectuellement malhonnête ! J’insiste. Et elle a entraîné les Verts dans un naufrage électoral. Une catastrophe écologique ! »  « J’ai commencé à lancer l’idée d’une VI e République Civile, Arnaud de Montebourg m’a piqué l’idée ! »  «Eva Joly m’a tuée, mais je n’ai pas cédé !»       « Mme Christine Deviers-Joncour, il faudrait venir choisir les clous de votre cercueil »      «J’ai sorti Roland Dumas du Conseil constitutionnel pour le punir !»    «J’ai balancé les chaussures à Mme Joly pour un peu de paix. Un maigre cadeau, cela dit ! »     «Ma mère en est morte de tout ça…»  

«Je n’ai pas de quoi me payer un restaurant ou un hôtel»    

«A la place d’Anne Sinclair, mes bagages seraient déjà pliés !»   

«Je ne crois qu’en mes deux fils»  «La prison avait pitié de moi… Eva Joly, non !»

 

 

Quand s’est achevée l’écriture du livre ?  Je l’ai débutée, il y a deux ans, sous forme de correspondance entre deux femmes. L’une avec quelques heures de vol, l’autre, plus jeune, en crise amoureuse. L’aînée lui prodiguait des conseils sous forme d’anecdotes. Entre-temps, a explosé l’affaire Strauss-Kahn, mon éditeur m’a demandé il y’a quelques mois de remanier la forme et le contenu, le rendre plus punchy.

La parité homme-femme s’affiche au plus haut sommet de l’Etat. Une remarque ? Pour moi le terme « parité » est déjà un mot de trop. Les ministères régaliens devraient être répartis sans distinction de sexe. Si la personne est honnête et possède les compétences, on n’en demande pas plus.

Christiane Taubira, Garde des Sceaux et Najat Vallaud-Belkacem en visite à l’Association européenne contre les Violences faites aux Femmes au Travail**… Le Conseil constitutionnel a abrogé le texte définissant le harcèlement sexuel. Combien d’hommes à la tête de ce Conseil ? Combien de femmes ? Qui était mis en cause ? À quel bord politique appartient-il ? Le nombre de ses connaissances parmi les « abrogeurs » ?

L’avant propos du livre sonne comme un cri d’indignation contre les abus sexuels : «On ne compte plus les mains baladeuses », «ils attaquent, la main aux fesses et le sexe à la main », en quoi êtes-vous concernée ?   Je ne suis pas la seule à être affectée par ce fléau. Le viol existe, pas seulement dans les halls d’immeubles, mais aussi chez ces « messieurs d’en haut ». Les hommes dotés d’une once de pouvoir s’en servent contre les femmes sur le lieu de travail, en entreprise, partout sans exception. Ceux qui nous gouvernent, font et défont les lois, se permettent d’abuser des femmes en toute impunité. La femme qui ose se plaindre de harcèlement sexuel ou de viol prend tous les risques. « Il n’y pas mort d’homme », « il ne s’agit pas là de viol mais de troussage de domestique »… Quant à l’agresseur outragé, il sort du tribunal blanchi ou vaguement coupable. Un jour, il faudra y remédier définitivement !

«(…) alors que je défiais au péril de ma vie le monde politique, judiciaire et médiatique, je reçus quantité de lettres (…). Femmes et mères abandonnées, ou victimes de harcèlement sexuel de la part de leurs supérieurs hiérarchiques». Pourquoi à vous ?  En fait, ces femmes avaient envie de se confier à une femme qui avait souffert des hommes. Et moi, à la puissance mille, car c’était des hommes de pouvoir dont j’étais témoin de leurs dérives.

Une condamnation pour abus de biens sociaux, une aisance dans les medias, à quand une carrière politique ? J’aimerais bien mais j’ai un casier judiciaire, j’ai fait de la prison, condamnée à 18 mois dont 12 avec sursis. Les hommes politiques, eux, avec du sursis peuvent continuer leur carrière.

Quelle scoop ! En 1999, j’ai commencé à lancer l’idée d’une VI e République Civile – au lieu des sortis de l’ENA, on favoriserait les artisans, les vrais travailleurs, des chefs d’entreprises, des artistes -, deux ans après, Arnaud de Montebourg m’a piqué l’idée. À cette époque, mon avocate m’a stoppée net « Si tu veux te prendre 15 ans de prison, vas-y, continue ! ».

La «Don Quichotte en jupon» a donc baissé les armes ? Quand je sors un livre, je prends des coups. Peu importe le sujet ! Mon procès est perpétuel. Même au bout de quinze ans, on le refait sans cesse. On me remet sur le dos « la menteuse-putain-manipulatrice-voleuse ». On m’accuse toujours de ces sommes d’argent. Mon erreur est d’avoir mélangé travail pour Elf et Thompson avec relation amoureuse. Ça a permis aux hommes d’en haut d’accomplir leurs magouilles sauf que l’argent passait par moi.

On vous prend le doigt dans le pot de confiture. Avec ce même doigt, vous pointez des tractations douteuses, on est en droit de s’interroger. Voyez, vous même, vous refaites mon procès !

Pas du tout, je cherche à comprendre… Un jour, vous recevez un coup de fil vous informant d’un compte ouvert en Suisse sur lequel est versée une somme conséquente. On sait que cet argent n’était pas destiné à mon usage personnel. La preuve, je n’y ai pas touché ! J’ai ainsi pu restituer l’intégralité des fonds à la justice. D’accord, j’ai laissé faire les ordres de compagnies nationales mais comment je fais pour dire « Je refuse ! Donnez l’argent à qui de droit directement » ? Voilà un autre de mes torts ! Je servais d’écran, d’intermédiaire. Le pouvoir financier se paie les hommes politiques et leurs décisions avec.

Pour que ce soit enfin clair, expliquez-nous le fin mot de l’affaire « Dumas-Deviers Joncour ». Le scandale des « frégates de Taiwan » judicieusement rebaptisé « affaire Dumas-Deviers Joncour ». J’ai été reconnue coupable pour abus de biens sociaux. J’ai rendu l’argent reproché, qui ne m’était pas destiné, pour me « mettre d’équerre » avec la justice. Ensuite, en guise de représailles, le fisc m’a annoncé que les citoyens étaient divisés en deux personnes : le justiciable et le contribuable. Avec le justiciable, j’étais en règle. Au tour du contribuable ! Soit 11 millions augmentés de 12 ans d’intérêts. Je me traîne cette dette à vie. L’argent à mon nom a été rendu, mais dîtes-vous bien que dans cette affaire, 4 milliards de francs de l’époque ont été sont tombés dans la poche de politiques. Taiwan l’ayant appris, car j’ai fait assez de bruit, a intenté un procès. Le contribuable français rembourse, à la place des corrompus, les rétrocommissions, soit plus de 460 millions d’euros !

Pourquoi cette obstination à couvrir Dumas ? L’amour à lui seul ne peut pas justifier ce mutisme… Avant cette rencontre, je suis une femme seule avec deux enfants à charge. Le premier abandonné par son père, Jean-Jacques de Peretti, ancien ministre de Chirac, le second par Joncour, ancien patron dela CGR, filiale médicale de Thompson. Rien ne les préoccupe plus que leurs ambitions. Je devais survivre avec mes enfants, me débrouiller. Dumas s’est montré prévenant, attentionné… Pourquoi, je n’ai pas dénoncé ?

Voilà la question !  J’aurais pu le faire… Je ne voulais pas donner à Eva Joly la satisfaction de se « payer un Dumas », en pratiquant ce qui me paraît insensé au pays des droits de l’Homme : le chantage judiciaire, en me poussant au suicide, à la mort ! Croyez-moi, c’était une torture orchestrée au quotidien. Même à Fleury-Mérogis, on avait peur que je ne tienne pas le coup. Eva Joly m’a tuée, mais je n’ai pas cédé ! Ce qui avait fait dire à un de vos confrères du Nouvel Obs que je m’étais comportée comme un caïd des films noirs américains car j’avais su me taire.

Un principe de moralité qui expose à de l’emprisonnement… Quand j’étais en prison, j’aimais toujours cet homme. Une femme amoureuse peut en supporter beaucoup… A la sortie, Roland Dumas a dit qu’il ne me connaissait plus. J’ai balancé les chaussures à Mme Joly pour un peu de paix (ndlr : Berluti à 1 693 euros), je lui ai fait plaisir. Un maigre cadeau, cela dit ! (Rires) J’ai sorti Roland Dumas du Conseil constitutionnel pour le punir d’avoir raconté que j’étais une maîtresse parmi tant d’autres alors que nous avions vécu une histoire de 10 ans. Pourquoi, je n’ai pas tout livré ? Car je faisais un cadeau royal à Eva Joly. En plus, vous savez, les vengeances entre femmes peuvent s’avérer terribles et j’encourais 10 ans pour corruption de fonctionnaires.

Vous en avez tout de même tiré un bénéfice financier, non ? Je n’en peux plus de me faire accuser de m’être enrichie ! Je n’ai pas de quoi me payer un restaurant ou un hôtel.

Pourtant, on vous imaginait riche… Oui, riche d’expériences, ça c’est certain. Ma mère en est morte de tout ça…

Aujourd’hui de quoi vivez-vous ? De rien. Ca fait 7 ans que je n’ai pas publié. L’avant dernier livre, l’éditeur s’est mis en faillite. Avec «Ces Messieurs d’en haut», je pourrais peut-être survivre d’ici un an et demi. À un moment, j’ai perçu des aides sociales. Mon mari norvégien est un artiste, c’est donc des hauts et des bas. On se débrouille. J’ai de la famille dans ma région qui me donne des produits, des légumes, du bois pour me chauffer. Je vis dans notre maison familiale de huit générations de paysans. J’ai cherché à travailler. Frédéric Schoendoerffer, le réalisateur d’Agents secrets avec Cassel et Bellucci devait porter mon histoire à l’écran, j’ai planché deux mois sur le scénario puis le projet a capoté. Arcady avait aussi essayé en 2000. Aucun n’a réussi !

Par cette affaire, vous êtes devenue un personnage avec ses zones d’ombres…  Mais je ne suis pas celle-là ! On a créé un personnage sulfureux pour cacher la corruption et les vrais coupables qui s’abritaient derrière moi.

On peut douter de vos motivations, quand on lit « mon mari me demanda d’accepter les avances de Roland Dumas pour servir ses intérêts professionnels… »  Vous ne divorcez pas vous ? Vous oubliez de lire que j’ai bouclé ma valise et je suis partie avec mon fils de dix ans. J’ai accepté sans hésitation le travail chez Elf Aquitaine que Le Floch et Sirven me proposaient. Il ne faut pas être hypocrite : demain, on vient vous chercher, on vous dit que vous serez logé, avec un salaire de 6154 euros, vous déclinez l’offre ? Quand on est seule, issue d’une famille modeste, personne pour vous soutenir avec deux enfants dont un considérablement fragile, cela aurait été criminel de refuser. Accepter, pour créer à nouveau un toit pour mes deux fils.

Vous répétez à l’envi : « Evitez les hommes de pouvoirs ». Un message à faire passer à une certaine Anne S. ? Je ne m’adresse pas à Anne Sinclair que je ne connais pas. Je pense qu’elle porte ses souffrances et ses fragilités. Je peux simplement essayer de me mettre dans son cas, quand un homme dans ma vie m’a humiliée, je suis partie. A la place d’Anne Sinclair; mes bagages seraient déjà pliés !

« Les trois hommes de ma vie ont été des hommes de pouvoir et d’argent ! Ministres et hommes d’affaires, même combat ! », drôles de hasards, c’est vous qui les choisissiez ! Faux ! Le premier, on avait 18 ans; on s’était rencontré dans une surprise-party. Bien après, le virus de la politique s’est emparé de lui. Il m’a abandonnée et à Paris, je ne m’en sortais pas avec mon bébé très fragile. Puis, vint la rencontre avec Claude Joncour qui travaillait en radiologie, qui lui m’a soutenu sur l’aspect médical. Finalement, je l’ai épousé et lui ai donné un fils qui s’appelle Philippe Joncour. Le second mari a abandonné mon  fils aîné car il ne voulait pas financer ses études. Une fois, le bac en poche, il l’a mis dehors en me conseillant d’aller voir Elf, c’était ma dernière chance… Une histoire de destin, pas seulement de choix. Je suis avant tout une mère, j’ai agi en fonction de mes fils que j’adore.

 Cette histoire  vous poursuivra encore longtemps… Quand on voit aujourd’hui l’affaire de frégates enterrée, les vingt morts, l’affaire Karachi qui explose, l’affaire Bettencourt, je suis quoi moi là-dedans ? Pourquoi, je continue à recevoir des insultes ou des commentaires assassins, je n’ai pas assez payé, pas assez souffert ?

« J’ai un grand goût de la vie et si demain nous apprenions la fin du monde, je serais capable d’éprouver encore le besoin de planter un arbre ». Cet optimisme ne s’applique pas aux hommes… Je ne crois qu’en mes deux fils. Je les ai élevés à mon image : intègres, fidèles, propres, courageux. J’ai aimé « bouffer la vie », pourtant le destin ne m’a pas emmenée sur des chemins faciles. Ce combat mené contre les medias, Eva Joly, la classe politique, la corruption m’a fait découvrir qui j’étais. J’ignorais qui se cachait en moi. Face au miroir, chaque matin, je croyais voir une femme défaite, à l’inverse j’y voyais une espèce de panthère déchaînée, toujours vêtue de noir, en gilet pare-balles pendant trois ans. J’étais même allée prendre des cours de tir pour me défendre. J’ai découvert une autre nature, une autre Christine, celle qui n’hésite devant rien. Je voulais qu’on mette en pleine lumière le dossier des frégates et la corruption, dénoncer les dérives, mais je n’y suis pas parvenue. J’ai essayé. Le voyage compte plus que la destination… Et je suis fière de mon combat !

« (…) des soutes en provenance d’Afrique garnies de billets de banque, un avion avec une croix rouge sur son flanc porter secours à des populations africaines affamées et leur tirer  dessus, des crocodiles qui bouffent des témoins encombrants», c’est la bande annonce du prochain 007 ?  La stricte réalité ! En 1999, quand j’ai écrit Opération Bravo, j’ai reçu un homme chez moi qui, gêné, ne savait comment me dire qu’il était un émissaire, me répétant des mots qui n’étaient pas les siens. « Vous n’avez rien compris au film, on vous avait demandé de fermer votre bouche, de retourner à vos origines, de ne pas parler à la presse, de ne pas écrire, maintenant, vous allez le payer ! ». À partir de ce moment, les coups de fil à la maison ont commencé « Mme Christine Deviers-Joncour, il faudrait venir choisir les clous de votre cercueil ».

Vous êtes assise face à moi, bien vivante… J’ai failli mourir à de multiples reprises. Dans mon cas, maintenant, c’est une totale mort civile, au lieu de physique. J’ai ensuite appris qu’un contrat planait sur moi, pas pour me tuer mais « juste » me paralyser les jambes. En 2000, lorsque je suis rentrée de Taiwan, Matignon avait commandé un sondage, question de savoir comment l’opinion française me percevait : 80% des français de « pour Christine »…donc on n’allait pas créer un syndrome de martyr, on la laisse en vie. Merci les français !

 Revenons à la femme « d’en haut » ? Eva Joly a fait en sorte de m’inculper pour abus de biens sociaux. A sa décharge, je dirais que j’étais sa clé du pouvoir au Quai d’Orsay et certains ministères. Elle s’est rendue sur place chez Elf vérifier si j’avais un bureau ou une voiture avec chauffeur. Je touchais un salaire avec carte de crédit quand je voyageais…mais pas de bureau. Donc facile, pour elle de conclure que c’était un emploi fictif. Pour faire ce même travail pendant cinq ans, ça nécessitait cinq ambassadeurs à la retraite chez Elf Aquitaine, et chacun possède un bureau, une voiture avec chauffeur.

Durant la campagne présidentielle, Eva Joly a dénoncé l’héritage des Le Pen et le financement de la campagne de Sarkozy… Allons, ça s’appelle une opération de « ramassage de voix » ! C’est une image dont elle use et abuse. Elle n’a rien nettoyé, elle a tout laissé en plan. Pourquoi alors l’incorruptible magistrate n’a pas souhaité explorer à fond le dossier des frégates ? Pourquoi certains protagonistes, maîtres d’œuvre de cette sombre affaire, me paraissaient eux épargnés par la Justice ? Le dossier du plus gros scandale de la Vème  République. Je m’épuisais à la convaincre d’examiner cette affaire sensible où elle aurait pu  débusquer d’autres noms que celui de Dumas. Il serait bon de se questionner sur le refus catégorique d’Eva Joly à mener l’investigation jusqu’au bout…

Une amorce de  piste ? Je ne préfère pas répondre mais j’ai quelques idées… J’ai entendu des choses venant de confrères allemands et scandinaves. Moi, je ne détiens pas les preuves donc bouche cousue !

« Eva Joly me hante ». Je vous confirme, elle a été le fantôme des urnes… Je suis contente de son absence médiatique ! La voir était un calvaire. On ne gagne pas toujours, une bonne claque de temps à autre remet l’ego en place. D’autres magistrats doivent être ravis de sa cuisante défaite. C’est une chance pour le citoyen français car je peux vous garantir que la moitié de la France finissait en garde à vue ou en détention provisoire. Remarquez, ça aurait donné du boulot aux promoteurs pénitenciers ! (Rires). Incarcérer, ça la fait jouir ! Elle adore vraiment ça. Regarder son comportement envers Le Floch, Joly lui refusait même les soins. Quelle cruauté !  Eva Joly est intellectuellement malhonnête ! J’insiste. Et elle a entraîné les Verts dans un naufrage électoral. Une catastrophe écologique ! 

Dans l’autobus en partance pour l’aéroport de Beauvais, elle s’assoit à côté de vous, les bras chargés de plastique. Pas très écolo, non ? La première vision, c’est comme croiser un serpent. L’effroi ! Paralysée d’entendre cet accent. Je transpirais de peur. Elle a été surprise, s’est installée l’air de rien. Elle me vantait la beauté de son pays, les fjords, le canoë-kayak tandis que je replongeais dans le souvenir douloureux des instructions dans son bureau, les menaces de 15 ans de prison. 1h15 de trajet, j’ai pris sur moi et fait en sorte de faire comme si c’était une amie perdue de vue à qui je racontais mon histoire. Je lui ai mis le nez dans son manquement, ses failles et je lui ai vanté son confrère intègre, Renaud Van Ruymbeke qui a ouvert et examiner LE dossier. Je lui ai évoqué les noms des malheureux témoins assassinés et ceux des corrompus au plus haut niveau. J’ai senti qu’elle se crispait.

 Vous lui parlez… Oui, alors que pendant des mois elle s’était acharnée à me faire causer, là dans ce bus, elle avait juste envie de me faire taire. Arrivées à destination, elle me lâche paniquée : « Nous savons qu’une photo de nous deux peut valoir chère pour un magazine comme Paris Match. Les appareils photos sont très dangereux. A partir de là, nous ne connaissons plus Mme Deviers-Joncour ! »

 Elle admet aussi  « c’est vrai que vous avez été solide ». Comment considérez-vous cette remarque : compliment ou aveu de capitulation? Une jouissance de sa part. Le plaisir de faire du mal aux autres, la perverse qui torture par plaisir, capable de briser un être humain par satisfaction.

« Le bourreau » reconnaît un mérite de ténacité à sa victime… Beaucoup d’hommes se sont couchés devant Eva Joly. Vous rappelez-vous de Dédé La Sardine, André Guelfi ? À peine arrivé sur le territoire, elle l’a collé au cachot. Elle adorait ça ! A travers moi, elle incarcérait Dumas. Elle allait même jusqu’à visiter les cellules où Dumas serait bientôt enfermé après son opération de la hanche. De la jouissance, je vous répète ! Elle a vraiment mal joué avec moi. En me prenant comme elle m’a prise, elle n’en a rien tiré ! J’aurais pu lui faire des cadeaux mais face à ce type d’individu vous vous taisez.

Vous avez séjourné 6 mois en prison, de quoi perdre tout espoir. J’ai pété un câble. Les sœurs de la prison me fournissaient les vêtements d’anciennes prisonnières, mais  taille 46. Alors, je tenais mon pantalon avec une ficelle. J’allais au Palais de Justice accoutrée de la sorte. Plus je dépérissais physiquement et moralement habillée de loques, plus Eva Joly rayonnait, s’embijoutait, se maquillait, raccourcissait ses jupes, des bas blancs en décembre avec porte-jarretelles apparent. On se faisait la guerre, sauf qu’elle détenait tout le pouvoir pour la mener et la gagner. J’ai demandé à mon fils, le plus fragile, le seul qui me rendait visite, une ceinture pour pouvoir serrer mes pantalons. Au parloir familial, il m’a prévenu « Maman si tu fais une connerie, je me jette dans la Seine ! »

Y avez-vous songé ? On m’avait expliqué la méthode. Les pieds au fond des barreaux du lit, on s’attache et on tire… Je voulais en finir en effet.

Pour mettre un terme à la souffrance ? Infligée par Eva Joly. Un enfer, elle m’empêchait de dormir en faisant allumer chaque heure le plafonnier, je mettais un pull sur mes yeux pour pouvoir me reposer, les matonnes frappaient contre la porte pour que je le retire, à 6 h du matin extraction de la cellule menottée direction le Palais de Justice dans un fourgon glacé, alors qu’en moyenne, c’est 2 fois par mois, moi j’y avait droit tous les jours sans manger et retour par le convoi de 22 h histoire que je rate la bouffe du soir. Des journées entières dans une cellule dans les sous-sols sombres et humides, l’attente interminable dans une cage en béton. Je perdais kilo sur kilo. Un jour, un policier s’est inquiété de savoir si j’allais tenir le coup. Fleury, la prison, avait pitié de moi… Eva Joly, non ! 

A son tour, Mme Joly s’est retrouvée au cœur d’un mini scandale… La procédurière a porté plainte contre les journalistes norvégiens qui ont sorti l’affaire. Son image en a pris un coup là-bas où elle a laissé un pourboire de 250 euros dans un restaurant d’Oslo à la suite d’un dîner de travail alors qu’elle conseillait le gouvernement norvégien contre la corruption et le blanchiment d’argent. L’insolent pourboire figurait sur sa note de frais, c’était donc de l’argent public. En Norvège, on ne badine pas avec ça.

Que vous inspire-t-elle aujourd’hui ?  De la pitié… Il faut que j’apprenne l’indifférence à son endroit car le ressentiment n’embellit pas.

Que vous répondent vos fils ? Qu’ils sont fiers de moi. D’avoir résister au système, de les avoir élevés dignement car le père était défaillant, et je suis à la fois homme et femme dans ma peau, dans ma tête. On me surnommait Nikita, Mata Hari, Jeanne d’Arc. Avec ce que j’ai vécu entre les medias, le fisc, la justice, les contrats sur ma vie, les morts autour de moi. Les gens me félicitent « il n’y a pas un homme, avec ce qu’il faut où il  faut qui aurait supporter un tel traitement, il se serait suicidé ! ». J’ai tenu bon. Je suis fière de moi… de mes fils aussi. Tous les trois debout !

Dans l’épilogue, votre enfance semble expliquer l’origine de vos déboires : un père limite odieux, une mère refusant de l’abandonner… Parce qu’elle a toujours été amoureuse de lui, le seul homme de sa vie. Elle n’a pas connu d’autre homme, du divorce à 42 ans jusqu’à sa mort, 86 ans. Lui a convolé avec une plus jeune. Je vais vous faire une confidence : mon père était le parfait sosie physiquement de Roland Dumas, quand ils se sont rencontrés un jour, ils en riaient. Nous étions socialistes depuis des générations. J’ai découvert un homme intellectuellement fascinant. J’ai vécu des moments somptueux avec lui. La 1 ère fois que je l’ai regardé autrement qu’un ami et qu’il s’est approché, j’ai marqué un mouvement de recul, car j’avais mon père face à moi. Ca m’attirait et ça me repoussait. Et il m’aura fait autant souffrir que mon père a fait souffrir ma mère…

Un regret ? Aucun. Peut-être d’avoir trop aimé Roland Dumas. En même temps, j’ai passé des moments  grandioses. Probablement, l’homme que j’ai le plus aimé dans ma vie. J’en voyais la face « lumière », pas le côté obscur. Je ne suis pas complètement conne, et je peux l’avouer maintenant : j’ai accepté d’être manipulée parce que j’aimais cet homme…

 

*Ces Messieurs d’en haut, De l’usage des femmes par les hommes de pouvoir

Christine Deviers-Joncour/Editions : Jean-Claude Gawsewitch 15,90 e

** AVFT 51, boulevard Auguste Blanqui75013 Paris Tél : 01 45 84 24 24

Réactions

21 commentaires

  1. Olivier dit :

    elle y va pas main morte la Devier Joncours

  2. Marine dit :

    Eva Joly, joly, joly mais moche moche moche

  3. Oliver Twist dit :

    Chapeau Madame Geneviève Deviers Joncour vous nous donnez une belle leçon de courage et de perséverence. Un exemple à suivre.

  4. Miss Tic dit :

    Lol, c’est pas Geneviève mdr ! C’est Christine. Elle quand même beaucoup plus canon Deviers Joncour;

  5. Oliver Twist dit :

    Errare Humanum est ! Les deux n’ont pas la langue dans leur poche. Je n’arrive pas comprendre l’impunité de ces truands. J’ai oublié de payer un rappel d’amende, on est venu sonner jusqu’à chez moi ! Bravo Christine !!!!

  6. maia dit :

    Christine on t’aime!

  7. sergio78 dit :

    L’histoire se répète encore et toujours ! Les grands d’en haut boivent et ce sont les petits qui trinquent. C’est vieux comme le monde ! Je plains la femme de R.Dumas, le poids de la honte. Je plains Eva Joly, qui j’espère n’est pas croyante. Le Monsieur d’en bas à la queue fourchue va l’accueillir les bras ouverts.

  8. Anonymoussa dit :

    Ce que je comprend pas, c’est pourquoi Deviers-Joncour ne s’est pas retournée contre la justice ? Avec tout ce qu’elle a encaissé !

  9. Déessedespré21 dit :

    Qui me l’éclairer sur la morale de cette affaire ? Les voleurs ont volé, la naïve a morflé. Sa vie est plus passionnante que n’importe quel film.Sur youtube, j’ai regardé un documentaire incroyable.

  10. samsuffit dit :

    @ Anonymoussa dit :

    « Ce que je comprend pas, c’est pourquoi Deviers-Joncour ne s’est pas retournée contre la justice ? Avec tout ce qu’elle a encaissé ! »

    LA JUSTICE C ‘ETAIT EVA JOLI, VOUS AVEZ RIEN COMPRIS !!!!!!!!!!!!!!!!!

  11. Sébastien F. dit :

    pourquoi y a kelle qui s’est mangé de la zonzon alors ?

  12. gerard88200@live.fr dit :

    Tu as mal saisi, ils ont tous eu droit à un passage derrière les barreaux y compris Dumas, fils de grand résistant qui possède une collection impressionnantes de toiles, récuperées après ou pendant la guerre. Gardées pour le bien des pauvres juifs déportés. Les scrupules, ça ne l’étouffe pas. Tous pourris !

  13. Xav.toulon dit :

    C’est bien beau de s’épancher sur le courage de cette femme qui a menti dans son tout 1er livre ! Un pas en avant, dix en arrière !

  14. Trafix dit :

    Un film sur Elf est sorti en 2005 avec Isabelle Huppert, c’était claude chabrol. Joly a dit qu’elle avait detesté lol

    http://www.rtl.fr/actualites/culture-loisirs/politique/article/eva-joly-je-n-ai-pas-aime-le-film-de-claude-chabrol-sur-l-affaire-elf-5950977997

  15. violaine dit :

    je ne sais pas comment Eva Joly a pu se présenter en France. C’est une honte

  16. Farida dit :

    Violaine, je ne vois pas le rapport en Eva Joly qui se présente et cette affaire. Nous vivons en démocratie et si Mme Joly a été reçue, c’est qu’elle en avait le droit. Il faut retenir que la voix du peuple s’est exprimé et ne lui a pas donné raison. Justice est rendue…Façon de parler ! :)

  17. Nathalie Rouvain dit :

    Mettez les cote cote, vous verrez que c’est pas la lutte d’une juge contre la corruption mais une frustrée qui se venge de sa beauté fânée. Deviers-Joncour n’est en rien responsable de la laideur intérieure…Heu ! extérieure de la Joly moche. Le combat se situe ailleurs. Votre défaut Christine c’est d’avoir été trop belle, ça pardonne pas face à un jury de pas belle. Restez debout, vous êtes belle et franche vous. Vous triez vos déchets au moins ? :) Poubelle verte pour la Joly moche !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

  18. hardouan dit :

    Violaine ton msn il marche plus ! Faudrait ns expliker prkoi le journaliste il lui demande pas cmt une meuf qui peut pas se payer un hotel va pouvoir rembourser 11 mlions d’euros! Trop zarbi.

  19. EVA GREEN dit :

    Deviers Joncour provoque vraiment Eva la verte ! Elle la suit jusque dans un bus et son nouveau mec est norvégien ?????

  20. Noceuse de l'Ouest dit :

    Mme C. Deviers Joncour n’a fait que dire et revenir sur ses déclarations. Une serial menteuse. Sur le site de l’INA, on la voit dans plusieurs émissions avouer ses mensonges et mainteant elle s’érige en détentrice de la vraie vérité ! Menteuse un jour, menteuse toujours !

  21. cathy allier dit :

    Moi j adore roland dumas qui a toujours ete adorable avec moi et aide juridiquement ma fille ALORS je ne peu pas juger serainement je ne pouvais a l epoque que le soutenir grace a roland dumas ma fille accidentee gravement peu maintenant d acheter des LOUBOUTIN encore des chaussures!!!!!!!!!!!!!!!!!!


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L'édito

L’intervention de François Hollande de mi-mandat
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